Nietzsche, père spirituel du nazisme?

 

Question sempiternelle, question ronronnante, question piège. Mais piège pour qui ? Spécialement pour les finauds, les esprits délicats qui prétendent distinguer, complexifier, dépassionner le débat. Foin des éruditions liquéfiantes et des bouillons de cul-culture qui visent à innocenter Nietzsche de ses propres écrits.  On connaît le vieux stratagème, usé jusqu’à la corde : invoquer providentiellement la falsification des papiers du philosophe par sa sœur antisémite.

 


Il serait temps de déconstruire la supercherie : certes, effectivement, Elisabeth Förster-Nietzsche était engagée dans le caniveau nazi depuis 1930 ; aussi, le soupçon de retouche ultérieure s’est posé à propos de l’ouvrage « La volonté de puissance».  Soit, cela ne modifie strictement en rien le regard qu’il nous faut porter sur les autres écrits de Nietzsche!
Ici, la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui prétendent tout expliquer par le complot familial est avérée ; elle est d’autant plus mensongère qu’elle se cache derrière des postures de prudence et de méthode universitaire.

 

Autre procédé bien connu des défenseurs de Nietzsche : l’accusation de simplisme lancée à l’encontre des accusateurs de sa mémoire. Le fameux « ce n’est pas aussi simple, jeune homme» pourrait être gravé en lettres d’or sur leur chapelle collective. La fuite intellectuelle, encore et toujours… Nietzsche défendu contre l’évidence, Nietzsche défendu envers et contre tout… par passion travestie en raison tempérante.  

 

Escroquerie intellectuelle


Le cœur du scandale intellectuel est en vérité plus profond. Il s’agit, pour les défenseurs de Nietzsche, de réduire stratégiquement  l’idéologie nazie à l’antisémitisme : dès lors, on évite subrepticement de le confronter à son apologie du surhomme et à ses appels à la suppression des faibles.  En effet, ces thématiques n’étant effectivement pas couplées à la question juive chez le philosophe, elles sont du même coup discrètement écartées de l’attention collective.
Enfin, on achève le travail en prélevant quelques citations philosémites dans son œuvre pour achever la démonstration : Nietzsche n’était pas antisémite. Oui pas à proprement parler, mais quid de sa parenté avec le nazisme, la véritable question ?


C’est donc au final par une illusion d’optique sémantique que l’on parvient à innocenter Nietzsche de son forfait moral, abyssal. Bien entendu, ce dernier n’a pas «fondé» le nazisme ni même créé Hitler ; par contre, sa philosophie a effectivement inspiré la spiritualité mortifère du IIIe Reich en prônant la haine, le mépris et la liquidation des faibles, de ceux qui ne sont pas forts, de ceux qui ne sont pas nobles. Le virus de sa pensée a muté en quelques années, et après les trisomiques, les handicapés, les juifs ont été exterminés. Oui, Nietzsche a bel et bien inspiré l’Allemagne nazie, et un petit retour sur son ouvrage «L’Antéchrist» le démontre aisément :

 


« Qu’est-ce qui est bon ? Tout ce qui exalte en l’homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance même. Qu’est-ce-que le bonheur ? (…) avoir davantage de puissance. Non pas la paix, mais la guerre. (…) Périssent les faibles et les ratés ! (…) Et il faut même les y aider. Qu’est-ce qui est plus nuisible qu’aucun vice ? La compassion active pour tous les ratés et les faibles, le christianisme»

 

« Qu’importe le reste ? Le reste n’est que l’humanité. Il faut être supérieur à l’humanité, par sa force, par sa hauteur d’âme, par son mépris…»

 


« On appelle le christianisme la religion de la compassion. (…) La compassion contrarie en tout la grande loi de l’évolution, qui est la loi de la sélection. Elle préserve ce qui est mûr pour périr, elle s’arme pour la défense des déshérités et des condamnés de la vie, et, par la multitude des ratés de tout genre qu’elle maintient en vie, elle donne à la vie même un aspect sinistre et équivoque»

 

« Que les fortes races de l’Europe septentrionale n’aient pas rejeté le Dieu chrétien, voilà qui ne fait guère honneur à leur sens religieux»

 


« une nauséabonde judéine faite de rabbinisme et de superstition»

 

 

« Les Juifs sont, en cela précisément, le peuple le plus fatal de l’humanité : à travers les séquelles de leur influence, ils ont rendu l’homme si faux»

 


« Le poison de la doctrine des droits égaux pour tous, c’est le christianisme qui l’a répandu le plus systématiquement»

 

Dans son délire, Nietzsche va jusqu’à écrire que dans tout le Nouveau Testament, une seule figure mérite d’être honorée : Pilate, le procurateur romain qui fait exécuter Jésus. Et d’ajouter « Prendre au sérieux une querelle de Juifs, voilà qui est au-dessus de ses forces. Un Juif de plus ou de moins, quelle importance?»

 


Pierre-André Bizien   ^^

 

           

 


 

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