Non, l'Eglise n'a pas inventé le Purgatoire sur le tard au Moyen Âge, comme on le prétend trop souvent. Elle a progressivement rendu compte de son existence à partir des textes bibliques. La nuance est de taille! Démonstration.
-Depuis l’Antiquité, suivant un passage de Maccabées dans la Bible, suivant un verset de l’Evangile de Matthieu (12, 32), deux autres en (Mt 5, 25-26), et suivant l’allusion de saint Paul au baptême pour les morts (Co 15, 29), l’idée d’une antichambre au Paradis destinée aux défunts existe au sein de l’Eglise originelle. Un certain nombre de traces écrites en atteste:
-Dès de IIe siècle, Aristide déclare: «Si l’un des fidèles vient à mourir, procurez-lui le salut en célébrant l’Eucharistie, et en priant près de sa dépouille» (Aristide, cité dans Descouvemont, Guide des difficultés de la foi catholique, Cerf, 2000, p.548)
-Au IVe siècle, Cyrille de Jérusalem écrit: «Nous prions pour tous ceux qui se sont endormis avant nous, croyant qu’il y aura très grand profit pour les âmes, en faveur desquelles la supplication est offerte» (Catéchèse mystagogique, V, 9, 10)
-Au IVe siècle toujours, Grégoire de Nysse évoque une esquisse de la doctrine du Purgatoire: « Quand l’âme a quitté le corps et que la balance est établie entre la vertu et le vice, elle ne peut approcher de Dieu avant que le feu purificateur n’ait enlevé toutes les souillures dont elle est contaminée » (cité dans Dictionnaire d’Alès t. XX p.509)
-Dans ses écrits, Saint Augustin évoque déjà les «peines purgatoires», les «tourments purgatoires», ou encore le «feu purgatoire».
Au Moyen Âge, lorsque la doctrine du Purgatoire est officialisée, l’Eglise n’invente donc rien : elle ratifie ce qui était déjà en elle.
Position théorique
«Dans le Nouveau Testament, quelques indices, assez faibles mais incontestables, nous mettent sur la même piste [de l’existence du Purgatoire]. Dans l’évangile de Matthieu, la phrase déjà citée sur le péché contre l’Esprit contient une allusion à un possible pardon après la mort: «Quiconque aura blasphémé contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni dans ce monde ni dans l’autre» (Mt 12, 32)» (Père Jean-Marc Bot, Le temps du purgatoire, 2002)
Pierre-André Bizien
Cet article est issu de la Somme métaphysique, ouvrage d'apologétique regroupant de nombreux arguments originaux. L'ouvrage est disponible en exclusivité chez Mont des lettres (425 pages, parution 2020). Renseignements sur montdeslettres@gmail.com
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