Poser des mots sur l'indescriptible. Néant à bout portant. L’absence de vie est saisissante et pourtant…
La caméra ouvre le champ sur un poulailler géant et… une machine bleutée qui surgit de nulle part. Une espèce de moissonneuse batteuse adaptée à la "récolte" des volailles, accomplissant imperturbablement son office. Elle capte et ingère erratiquement, des animaux rapidement « surstockables » dans des boxes surchargés…
Puis une multitude d’humains vêtus de violet, travaillant debout, dans un alignement quasi-parfait et des tables sur lesquelles transite une matière carnée dépouillée. Ces images acérées, accélérées, renforcent la violence suggestive de cette agitation productiviste, poussée jusqu'à son comble. Les petites mains se pressent pour assurer la chaîne en mouvement, et les gestes automatisés se répètent au fil silencieux d’un discours qui s’est mué en silence. Les regards, rares, sont vides et hébétés…
La ronde des vaches dont on tire le lait fait son apparition. Cela doit être stimulant de tourner ? Et ces petits cochons affamés qui dévorent les tétines nourricière d’une truie étalée là, à disposition, à proximité, et que l’on verra dépecée, juste après. Brûlée, éviscérée, découpée. Ne rien gâcher. La chaîne doit tourner …
Et ces tout jeunes enfants jumeaux qui pourraient représenter la lumière de ce monde … sont appelés à passer à la caisse comme cette nuée de consommateurs se nourrissant d’une multitude de produits … fabriqués, préfabriqués, améliorés comme ces ventres que l’on voit surgir et les yeux hagards et repus qui les portent.
Ces humains ont du mal à soutenir leurs bouches toujours prêtes à manger, à engloutir… bouche inadaptée à un ventre trop grand qui appellera à se faire détricoter …
Samsara. C’est par ce mot que se termine le film. Dans le bouddhisme, il s'agit du cycle de nos existences …
-Où donc se trouve la nature dans cette quête effrénée ?
-Que sommes-nous en train de faire de notre humanité ?
-Est-ce à cela que nous employons notre capacité créative?
Méga-production, délire de croissance et surconsommation… Le réveil risque d’être difficile. L'hubris à l'état pur. Il y a peut-être quelque chose qui nous sauve… Les visages sont asiatiques. L’Asie, c’est loin. Ça ne se passerait pas de la sorte, par ici, n’est-ce-pas… ?
Wadih Choueiri
Image: Samsara, Vimeo.
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De nos jours, il nous arrive de regretter le passé, son insouciance et sa candeur. Encore un cliché en acier trempé.
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