Pour des assises de l'autocritique religieuse

 

Comment purger nos religiosités respectives à l'heure de l'hyper-susceptibilité collective? Comment faire admettre qu'aucune réalité sociologique n'est innocente par essence? L'impératif humaniste requiert-t-il d'admettre l'immaculée conception des religiosités populaires? Quels mythes encaisser pour quelle paix sociale? 

 

Dés-égoïfier notre foi

 

Les événements tragiques de janvier 2015 (Charlie Hebdo, Hyper-casher, hooliganisme scolaire) nous imposent de sérieuses remises en causes collectives. Il nous faut réinterroger de toute urgence notre univers sémantico-symboliste, et refonder les notions qui se sont décallées sur le front perceptif national: liberté d'expression, altérité, tolérance. Autant de coquilles qui se sont évidées de l'intérieur, et qui ne magnétisent plus véritablement.

 

De nos jours, invoquer la tolérance ne suffit plus. Les mondanités obséquieuses n’ont rien à voir avec la modernité, la véritable. Ce n’est pas en se caressant mutuellement l’épiderme que les religions parviendront à quelque chose. L’esprit de polémique, aussi, n’est pas systématiquement inutile. Ce qui est en revanche nécessaire, c’est l’esprit d’autocritique. L’autocritique sociologique, franche et désagréable, condition sine qua non de la maturité spirituelle. Comment prendre au sérieux une tradition qui se refuserait à faire son examen critique ?


La Révélation, la Vérité n’ont au fond rien à voir avec la culpabilité historique des diverses chapelles religieuses. On peut, on doit pouvoir se critiquer sans craindre au même instant de faire risquer quoi que ce soit à la vérité en laquelle on croit. La critique des dérives révolutionnaires de 1793 remet-elle en cause la vérité ontologique des droits de l’Homme ?


La critique de l’Eglise temporelle et de l’islam historique atteint-elle la véracité des Livres en tant que tels ? Cessons de nous fourvoyer dans ces illusions d’optique. La vérité, quelle qu’elle soit, est à l’abri. Elle le restera. Quoi que l’on dise, quoi que l’on pense. Notre conscience spirituelle collective doit prendre acte de cela : la vérité n’est pas compromise en tant que telle par nos discours. Elle peut être voilée, cachée, mais pas détruite. Si elle en vient à être décrédibilisée, ce ne peut être que dans telle ou telle conscience, mais jamais en soi. Dès lors, ne craignons plus obscurément de tout perdre en reconnaissant nos crimes. C’est une révolution de la conscience que nous devons entamer. Avec enthousiasme et confiance !


Nous, musulmans et chrétiens, sommes tout particulièrement concernés. Aplatissons-donc nos egos démesurés, réduisons à de décentes proportions nos amours propres respectifs. Quel spectacle jouons-nous devant ce monde ?  Pourquoi persister dans cette si piètre farce ?

 

Prendre nos responsabilités: la foi n'est pas un confort

 


Cessons d’entonner le refrain quotidien : « Nous sommes des victimes, nous sommes discriminés, vous êtes des bourreaux, des arriérés. Nous sommes humbles et justes, vous êtes sales et vous êtes des porcs…. Etc…»


Trop longtemps, nous avons conçu la vérité comme un totem, comme une sorte d’avoir matériel, un bien de propriété privative, un capital… Ruse de Mammon ! Les aspérités rugueuses du monothéisme n’ont pas à être lissées par l’esprit séculier. En revanche, l’indécence de nos comportements respectifs doit être dénoncée. Osons ouvrir de gigantesques assises de l’autocritique religieuse. Rien de plus désagréable, rien de plus digne. Plongeons dans le bain acide. Nous en sortirons épurés. La tolérance ne suffit plus.

 

Pierre-André Bizien
 

 


 

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