Les guerres en République démocratique du Congo - chiffres, témoignages

 

Les violences en République Démocratique du Congo ont entraîné la mort de 5,4 millions de personnes entre 1998 et 2007, selon les sources de l’ONG américaine International Rescue Committee (IRC). De son côté, l’ONU comptabilise 500 000 viols depuis les débuts du conflit. Parmi les victimes de ces viols, il faut compter de nombreux enfants et certains bébés.


Face à cette suite de tragédies qui s’enchevêtrent, on constate un implacable mutisme médiatique. Quelles en sont les raisons profondes ? Comment expliquer ce phénomène, sachant qu’il s’agit concrètement du conflit le plus meurtrier d’après-guerre. A titre de comparaison informative, le conflit israélo-palestinien a entraîné la mort de près de 95 000 personnes entre 1948 et 2014 (Le Figaro, 29/07/2014) ; pour un mort palestinien ou israélien, on dénombre donc 57 morts en RDC (95000 morts / 5,4 millions de morts).


Ce grand écart laisse perplexe quant au poids symbolique des victimes dans les consciences. Naturellement, la tentation des accusations simplistes ne saurait faire office d’analyse, et il est nécessaire de rappeler que les événements du Moyen-Orient impliquent davantage l’équilibre géopolitique mondial. Pour autant, nous ne saurions transformer cette réalité en argument subliminal, pour justifier notre attention moindre aux réalités centrafricaines.


Il n’est donc pas ici question de mettre en cause, une fois de plus, la bonne-conscience-occidentale-devant-l’Afrique (ce genre d’accusation a historiquement trop servi à cacher d’autres responsabilités). Ce qui est urgent, cependant, c’est de nous interroger sur "les angles morts" que produisent parfois nos surinvestissements émotionnels : ma conscience peut-elle réellement prendre en compte toute la misère du monde ? Jusqu’à quel point le peut-elle ? Mon indignation est-elle condamnée à être sélective pour ne pas se dissoudre dans une colère générale, donc imprécise, donc émoussée ? Sans nous culpabiliser, ces graves questions doivent nous responsabiliser, nous rendre vigilants face au grand marché du scandale.  

 

 

Tragédies tropicales entrelacées

 

Le conflit de la République Démocratique du Congo est une guerre quasi-continentale, impliquant huit pays africains à des degrés variables. Sa brutalité tient avant tout au manque de résonnance internationale ; l’extrême complexité des enjeux qui s’y entremêlent conduit souvent l’observateur au découragement, à l’épuisement cérébral. Dès lors, l’Afrique tropicale est-elle une région fatalement damnée ? Que non bien-sûr, mais par où aborder ce méta-conflit ?  


Assurément par la lorgnette historique. A l’origine de la guerre en RDC, nous trouvons le génocide rwandais de 1994. Quelques 800 000 Tutsis sont alors massacrés par les Hutus, qui subissent en retour la fureur de leurs victimes. La question de l’inaction des chancelleries occidentales fut alors soulevée, et le pays se reconstruisit progressivement. Entre temps, les germes du conflit s’étaient déportés en RDC, frontalière du pays aux mille collines. Sur cette nouvelle terre, la guerre muta comme un virus, engendrant une terreur arythmique et moins claire.


Déplacements gigantesques de populations, pogroms, mutineries, mouvements séparatistes, coups d’Etat, camps de réfugiés précaires, enfants soldats, tensions interethniques extrêmes… L’éventail de l’horreur interdit l’analyse condensée et, par ricochet, le pragmatisme diplomatique s’y perd lui-même.

 

 

Sommes-nous inconsciemment partie prenante dans cette guerre ?

 

Le 6 mai 2006, le journaliste anglais Johann Hari condensait le conflit par cette sévère apostrophe :

 


La guerre la plus sauvage au monde est l'histoire d'une traînée de sang qui mène directement jusqu'à vous : à votre télécommande, à votre téléphone portable, à votre ordinateur portable et à votre collier en diamant. C'est une bataille pour les métaux qui fait vibrer et résonner notre société technologique" (A Journey into the Most Savage War in the World, The Independant)


Diamants, métaux. Les mots sont lâchés. A la dimension ethnico-politique se superpose l’enjeu du contrôle des ressources souterraines de la région. Autrefois, le colon belge avait qualifié cette terre de « scandale géologique ». Et de fait : à l’heure actuelle, la République Démocratique du Congo concentre 80% des réserves mondiales de coltan, un tiers de l’étain planétaire, et de nombreuses quantités de diamants, de cuivre, de cobalt. Naturellement, cette surabondance de métaux précieux attise les appétits voisins, et les manœuvres déstabilisatrices qui en découlent.

 

En 2015, la Sous-Secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires, Kyung-wha Kang, a donc tenté de mobiliser la communauté internationale… en l’invitant à ne pas laisser l'une des crises les plus longues du monde « sombrer dans l'oubli humanitaire » (04/09/2015). Est-il au fond question d’oubli, d’ignorance, de complicité, ou bien d’un sentiment lancinant d’impuissance ?  Cette question sera-t-elle un jour clairement surmontée ?

 

 

Un passé colonial douloureux

 

Remontons plus loin dans l’histoire. De 1885 à 1908, le Congo n’est pas à proprement parler une colonie, mais statutairement la propriété personnelle du roi de Belgique, Léopold II. La cruauté et l’avidité incontestable de ce monarque entraîna la mort de quelques 10 millions d’individus, soit numériquement près de deux fois le génocide juif (Cf. Les Fantômes du Roi Léopold II. Un holocauste oublié, 1998). Ensuite, "grâce" à la pression internationale, ce fragment d’Afrique devint une colonie : le Congo belge (1908-1960). Lors de son indépendance en 1960, le pays devient la République Démocratique du Congo, puis prend temporairement le nom de Zaïre (1971-1997). Mobutu Sese Seko, maréchal autoproclamé, avait confisqué le pouvoir dès 1965 ; il le conserva près de 32 ans. C’est à la faveur d’un putsch fomenté par deux de ses puissants voisins, le Rwanda et l’Ouganda, que le « vieux léopard » est délogé du palais présidentiel puis exilé à vie.

 

 

Rwanda, le frère encombrant

 

Autre racine profonde du méta-conflit, le génocide rwandais. Le 6 avril 1994, le président hutu Habyarimana est assassiné (son avion explose en plein vol) ; s’en suit alors un déchaînement de violence extrême contre les Tutsis. L’événement génocidaire s’est déroulé en un laps de temps très court : à la machette, les hutus se sont mis à exécuter des centaines de milliers de personnes, tous âges confondus. Suite à la catastrophe, le pouvoir échoit au Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame, d’obédience tutsie : au cours de la tragédie, le parti avait lancé de violentes contre-attaques armées depuis l’Ouganda voisin. Pourchassés, les hutus s’étaient mis à fuir à leur tour, courant vers le Zaïre (en zone RDC actuelle).


Conformément à une tradition mentale très ordinaire, on ne tarda pas à pointer les véritables responsabilités ailleurs, en Europe, et plus précisément en France. Entre autres censeurs, l’enseignant Renaud Duterme (membre du CADTM Belgique) estime ceci :

 


La France a évidemment une responsabilité dans ce fiasco humanitaire puisqu’elle a grandement permis aux génocidaires rwandais de fuir vers l’est du Congo » (Rwanda, une histoire volée : dette et génocide, 2013)


 

A ce type d’argumentaire, d’autres chercheurs ont répondu sévèrement qu’en empêchant cette fuite ethnique, un contre-génocide aurait probablement été perpétré. Quoi qu’il en soit, la future RDC héritait sur son sol d’un nouveau ferment de déstabilisation potentielle.

 

 

Naissance de l’AFDL

 

Le Rwanda et l’Ouganda contemplent dorénavant très agressivement cette masse hutue qui végète à leurs portes. L’onde de choc du génocide se propage et s’enkyste dans toute l’Afrique centrale. Kigali et Kampala projettent bientôt d’anéantir les émigrés hutus par mesure préventive. Pour autant, une intervention punitive en territoire congolais nécessiterait un supplément de justifications. A partir de l’été 1996, on crée donc l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDL) : il s’agit d’un mouvement de rébellion local composé majoritairement de soldats rwandais, ougandais, et congolais rwandophones.


Ces derniers, les Banyamulengue, sont des émigrés d’origine tutsie rwandaise implantés au Sud-Kivu depuis le XIXe siècle. A l’époque, ils avaient été déplacés avec leurs compatriotes hutus par les autorités coloniales belges. A la tête de la nouvelle alliance siège Laurent-Désiré Kabila, vieille figure de l’opposition mobutiste –  et ancien compagnon de lutte de Che Guevara dans les années 1960.

 

 

Première guerre du Congo (1996-1997)

 

Ce qui menaçait de se produire arriva rapidement : la concentration de centaines de milliers d’exilés rwandais aux confins des provinces orientales du Congo exacerba les tensions ethniques, et des massacres de masse s’ensuivirent. 
Les départements frontaliers avec le Burundi et l’Ouganda sont en première ligne : il s’agit de la zone kivu. De nombreux camps anarchiques de réfugiés y ont essaimé. Dans la violence, l’AFDL entreprend le démantèlement systématique de ces camps de fortune. La loi du talion est de nouveau enclenchée. D’innombrables réfugiés périssent, tués sur place ou mourant d’épuisement durant leur fuite. 
Ngimbi Kalumvueziko revient sur cet épisode en ces termes :

 


Ceux qui pouvaient encore fuir marchaient dans la forêt fuyant les forces de l'AFDL à leurs trousses et qui continuaient leur avancée vers Kinshasa. Des rapports indépendants avaient fait état d'environ de 250 000 réfugiés Hutus massacrés (...) D'autres n'avaient d'ailleurs pas manqué de le qualifier de "contre génocide"" (Congo-Zaïre Le destin tragique d'une nation, 2009)

 


La vengeance de l’AFDL a frappé majoritairement des civils innocents (femmes et enfants compris), tout en atteignant la cible prioritairement visée : d’anciens miliciens interahamwe et du « Hutu Power », groupuscules extrémistes acteurs du génocide tutsi.

 

 

1997 : Mobutu est chassé du pouvoir

 

Dans son élan, le mouvement rebelle décide d’aller plus loin et de porter un coup fatal au potentat Mobutu : l’inénarrable président zaïrois avait commis l’erreur de prêter main forte aux hutus pourchassés. Emizet Kisangani relate ainsi les événements:

 


La guerre civile contre Mobutu dura sept mois. Cette guerre fut perçue par les citoyens comme une guerre légitime de libération du joug de Mobutu (...) Le recrutement des enfants fit partie intégrante de la politique de l'AFDL pour augmenter le nombre de rebelles" (Guerres civiles dans la République démocratique du Congo 1960-2010, 2015)

 

Appuyés au sud par des troupes du président angolais Dos Santos (celui-ci fait face aux rebelles de l’Unita dont la base arrière est au Zaïre), les soldats de l’AFDL déferlent sur tout le pays. Quelques mois à peine après le début de leur offensive, le 17 mai 1997, ils s’emparent de Kinshasa sans combattre. Le règne du maréchal Mobutu prend fin brusquement, après 32 ans de pouvoir. (Désireux d’offrir un aspect démocratique à sa dictature au cours de ses dernières années d’activité, il avait instauré un multipartisme foisonnant. En 1993, il existait ainsi… 382 formations politiques dans le pays). 

 

 

L’innocence perdue des enfants soldats

 

Parallèlement à ces scansions politiques, l’enrôlement d’enfants soldats parmi les combattants réguliers prend des proportions ahurissantes. Dans l’est du pays, où se situe le cœur des affrontements, ils représentent ainsi parfois jusqu’à 60% des effectifs. Manipulés et brisés psychologiquement, ils sont le plus souvent enrôlés de force dès leur plus jeune âge par des seigneurs de guerre. Parfois, quelques enfants soldats parviennent à témoigner de leur sort :
« Lorsqu'ils sont venus dans mon village, ils ont demandé à mon grand frère s'il était prêt à rejoindre la milice. Il avait tout juste 17 ans et il a dit non ; ils lui ont tiré une balle dans la tête. Ensuite ils m'ont demandé si je voulais m'engager, alors qu'est-ce que je pouvais faire - je ne voulais pas mourir» (Amnesty International)

 

 


 

L’enfant en question avait 13 ans lorsqu’il fut engagé. Certains détails biographiques dépassent en horreur ce que la plupart des individus peuvent imaginer. C’est ainsi le cas lorsque certains enfants se retrouvent sommés d’abattre leurs propres parents sous l’œil des recruteurs. Après avoir été forcés de commettre de tels actes, les garçons en question perdent soudain leur structure psychologique et mutent en machines à tuer impassibles.

 

De fait, Laurent-Désiré Kabila s’est massivement servi de ces « katogos » (enfants-soldats, terme d’origine swahili). Certaines jeunes filles intègrent aussi, à l’occasion, les troupes massacreuses. Elles apprennent alors le maniement de la kalachnikov, mais sont plus ordinairement assignées aux travaux domestiques et à l’esclavage sexuel. Sur le front, il leur est fréquemment réclamé de pratiquer des mutilations sur le corps des ennemis abattus. Depuis 1996, près des 22 000 enfants soldats auraient pris part aux combats en RDC.

 

 

Deuxième guerre du Congo (1998-2002)

 

Après avoir arraché le pouvoir du maréchal Mobutu, Kabila se brouille avec ses anciens parrains. Il souhaite ardemment mettre la main sur les gigantesques ressources naturelles situées dans l’est du pays, mais contrôlées en grande partie par ses anciens alliés ; naturellement, le Rwanda et l’Ouganda s’insurgent contre le félon. Ne lui a-t-on pas permis d’accéder au pouvoir suprême ?
L’escalade de la discorde débouche sur un nouveau conflit ouvert, et la RDC replonge dans un cycle de violences barbares. Le 2 août 1998, une offensive majeure est lancée par le Rwanda et permet la prise du centre des Kivu. L’aide apportée par de nombreux mutins de l’armée régulière congolaise est décisive. Le pays se scinde alors en deux.

 

Un véritable rideau de fer congolais se dessine, séparant l’est et l’ouest du territoire. L’enjeu principal de cette nouvelle guerre est donc, globalement, le contrôle et l’exploitation des énormes richesses minières de l’est du Congo. L’AFDL est dissoute, mais aussitôt remplacée par un autre mouvement de rébellion analogue : le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Celui-ci ne tarde pas à être rejoint par un deuxième groupe rebelle : le Mouvement de libération du Congo (MLC), implanté dans le nord de la RDC, et dirigé par Jean-Pierre Bemba (fils d’un baron de l’ère Mobutu). Kabila doit réagir rapidement pour survivre.

 

 

Huit pays africains impliqués

 

Facteur décisif : contrairement au vieux Mobutu, Kabila n’est pas isolé sur le plan diplomatique. Il est parvenu à trouver un soutien inespéré auprès de plusieurs autres pays africains, et ces ralliements de dernière minute lui permettent de se maintenir au pouvoir en tenant tête aux insurgés. Le Zimbabwe, l’Angola, la Namibie, la Lybie, et le Tchad s’engagent à ses côtés. Tandis que le Burundi est officiellement dans le camp adverse (avec le Rwanda et l’Ouganda), il voit en son sein le mouvement rebelle des Forces de défense de la démocratie (FDD) appuyer activement Kabila.


Naturellement, ces alliances sont intéressées : le pouvoir zimbabwéen, notamment, lorgne sur les richesses du Katanga, l’une des provinces les plus riches de la RDC. L’intérêt international pour ce sous-sol surabondant n’est pas nouveau. Pour rappel, l’uranium local servit à la fabrication des bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki (mine de Shinkolobwe, Katanga). L’état de fait est le suivant : les provinces minières de l’est échappant largement au gouvernement congolais, un pays comme le Rwanda peut devenir exportateur de diamants et de coltan… tout en ne disposant pas de cette manne sur son territoire !


A partir de cette réalité structurelle, certains observateurs de terrain ont théorisé l’interdépendance entre richesses minières et climat de violence :

 


Le pillage des ressources naturelles de la RDC devient un des moteurs de la guerre en permettant à chaque belligérant de se procurer toujours plus d’armes et de munitions, alimentant ainsi le cycle des combats » (Jean-François Hugo, La République démocratique du Congo : une guerre inconnue, 2006).

 


Du conflit générique surgissent alors une multitude de micro-conflits : ainsi, le contrôle partagé de la zone diamantifère de Kisangani entre le Rwanda et l’Ouganda dégénère vite en affrontement sanglant.

 

 

1999 : accords de Paix

 

 

L’accord de Lusaka signé en juillet 1999 établit un cessez-le-feu, entérinant dans la foulée le désarmement de toutes les milices. Cependant, son caractère contraignant ne sera pas réellement suivi d’effet. Seule l’accession au pouvoir, en janvier 2001, de Joseph Kabila – suite à l’assassinat de son père – débouche sur de nouveaux accords plus effectifs. Un traité bilatéral est signé le 30 juillet 2002 à Pretoria par le Rwanda et la RDC. Au cours de la même année, un autre accord est signé à Luanda par la RDC et l’Ouganda ; enfin, une troisième session de signatures est organisée à Pretoria – entre les différents belligérants. Il faut attendre l’année 2003 pour observer un respect solide de ces traités. Si la guerre est officiellement terminée, le conflit subsiste toutefois à faible intensité, et l’unité nationale de la RDC reste fragile.

 

 

L’ONU impuissante

 


Dans la foulée de l’accord de Lusaka, la communauté internationale s’ébranle : le 30 novembre 1999, le Conseil de Sécurité de l’ONU fonde la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). Celle-ci est tenue d’assurer le respect du cessez-le-feu et du désengagement des forces en présence, tout en assurant la promotion du dialogue entre les différentes parties. Dans les faits, l’institution peine à atteindre ses objectifs. Rebaptisée MONUSCO (Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo) en 2010, l’ancienne MONUC est toilettée pour garantir plus solidement la paix. Ici encore, ses résultats s’avèrent rapidement insuffisants. Surtout, l’embargo international décrété sur les armes en circulation à destination des groupes actifs en RDC semble peu efficace. Les milices armées subsistent et continuent de sévir. Le journaliste Christophe Boltanski a dressé un portrait poignant de l’horreur, en évoquant notamment le corps des femmes :

 


Elles arrivaient, dévorées par l’infection, le plus souvent atteintes du sida, dégoulinantes d’urine, la vagin percé avec une baïonnette ou un couteau. Elles avaient été abandonnées par leur famille, rejetées par leur mari» (Minerais de sang : les esclaves du monde moderne, 2012)


 

Selon une étude publiée par le Journal de l’association médicale américaine (2010), près d’un quart des hommes originaires de l’est de la RDC ont été victimes de violences sexuelles. Un témoignage masculin, particulièrement difficile, a même été publié dans la revue Courrier International en date du 19 au 25 avril 2012 :

 


Ils m’ont demandé de me déshabiller et de me mettre dans la position de prière des musulmans. J’ai refusé. Ils m’ont forcé. Le commandant des rebelles a commencé à me pénétrer. Pendant ce temps, les soldats chantaient et riaient. Apres lui, un autre est venu, et encore un autre…»


Les abus sexuels perpétrés en RDC depuis les dernières décennies ont considérablement déstructuré les liens familiaux et communautaires. Un véritable massacre sexuel s’est superposé à la tragédie du feu et des balles.

 

 

L’avenir : vers une sortie de crise ?

 

Depuis près de deux décennies, la RDC est en proie à de multiples tragédies entrelacées. La situation sécuritaire à l’Est du pays demeurera longtemps incertaine. Des milices sévissent toujours. Les forces armées officielles sont démunies face à ces groupes souvent bien armés. Elles sont sous-équipées, mal formées, et les hommes ne reçoivent pas toujours leurs soldes. Depuis quelques années, des seigneurs de guerre ont été traduits devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.
Dorénavant, c’est le spectre des massacres interreligieux qui vient compliquer l’équation diplomatique du pays ; les tueries de masses sur fond confessionnel gangrène la République centrafricaine voisine. L’horizon d’une RDC prospère et apaisée est sans doute lointain.

 


Jérémie Dardy

 

 

Pour aller plus loin

 


François Emizet Kisangani, Guerres civiles dans la République démocratique du Congo 1960-2010, L’Harmattan, 2015


Vincent Mbavu Muhindo, De l’AFDL au M23 en République démocratique du Congo, L’Harmattan, 2014


Jean-François Hugo, La République démocratique du Congo : une guerre inconnue, Editions Michalon, 2006


Christophe Boltanski, Minerais de sang : les esclaves du monde moderne, Folio, 2012


Isidore Ndaywel è Nziem, Nouvelle histoire du Congo, Des origines à la République Démocratique, Edition Cri, 2008


Ngimbi Kalumvueziko, Congo-Zaïre, Le destin tragique d'une nation, Harmattan, 2009


Human Rights Watch, The Curse of Gold : Democratic Republic of Congo, 2005


Gerard Prunier, Africa's World War : Congo, the Rwandan Genocide, and the Making of a Continental Catastrophe, Oxford University Press, 2008
 

 


 

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