Edmond Rostand, au-delà de Cyrano. Son génie, ses poèmes

 

Grand homme de lettres marseillais mort de la grippe espagnole à 50 ans (1918), Edmond Rostand incarne tout un pan du génie provençal. Derrière ses œuvres majeures (Cyrano de Bergerac, Chantecler, La Samaritaine, L’Aiglon), que sait-on vraiment de lui ? 


A 20 ans, dans ses Musardises, le jeune Edmond Rostand se qualifie d’hurluberlu (il sera plus tard Académicien!) ; il compose alors de charmants poèmes glissant sur le thème un peu convenu de la bohème loqueteuse, de la pauvreté de l’artiste. Ses vers touchent déjà très juste :


« Je vous aime et veux qu’on le sache,
O raillés, ô déshérités,
Vous qu’insulte le public lâche,
Vous qu’on appelle des ratés ! »


Crânement, le jeune homme va jusqu’à dédier un poème… à sa lampe ! Il nous expose un univers intérieur empli d’humble tendresse, de larmes surmontées, d’humanité pleine de sève et d’enthousiasme. On sent déjà poindre le panache de Cyrano, et la fameuse tirade des « Non, merci ! » (formidablement interprétée par Depardieu dans le film de Rappeneau en 1990).

 

 

Le message artistique d’Edmond Rostand

 

 

A plus d’un titre, le génie de Rostand a eu de la postérité. En effet, sa conception du théâtre rejoint la belle formule de Thomas Ostermeier : « Le théâtre est fait pour mieux poser des questions, jamais pour donner des réponses » (Le Monde, 6 juillet 2014).


S’il nous fallait synthétiser son œuvre en quelques mots, il nous faudrait parler de fiction plaisante, de gravité ludique, aérienne. Il nous faudrait noter la grâce d’un humour plein de malice et d’enthousiasme :


« Décidément Allah est Dieu, et Beaumarchais est son prophète » (Edmond Rostand, Discours de réception à l’Académie française, 4 juin 1903)

 

[Biographies de famille: P-A Bizien, Mont des Lettres]

 


Sa conception de l’art comme instruction gaie, énergique, passionnée mais non sentencieuse, lui venait (pour partie) d’un certain Villebois-Mareuil. Progressivement, il dressa une sorte d’anti-morale joyeuse et bienveillante :


« Les personnages de théâtre sont les correspondants chargés de nous faire sortir de cet éternel collège qu’est la Vie – sortir pour nous donner le courage de rentrer ! et sans médire de ceux qui, dans notre intérêt, nous gâtent un peu nos dimanches, celui qui nous fait encore le mieux sortir, c’est un héros ! » (Edmond Rostand, Discours de réception à l’Académie française, 4 juin 1903)


Edmond Rostand nous avertit que dans la vie, il faut avant tout se lancer, sans trop attendre…  à vouloir trop bien faire, finalement le temps passe et l’on ne fait rien. C’est tout le piège en matière d’art. L’auteur doit assumer l’inachèvement de son génie, l’exposer nu, avec audace. Aussi, dans la vie, l’important est de ne point sombrer dans les affres de la gravité.


« Il n’est pas de peur plus généreuse que celle du poison moral. Encore faut-il s’entendre sur les toxiques » (Edmond Rostand, Discours de réception à l’Académie française, 4 juin 1903)

 


 

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