Caricaturiste anticlérical pur et dur, un peu "gros grain" peut-être, Georges Pilotell (1845-1918) appartient à cette génération d’écorchés annonciateurs de "l’esprit Charlie". Un siècle et des poussières avant Charb, Tignous, Cabu et Wolinski, Pilotell et ses pairs furent les apôtres d’une France laïcarde, intègre et intraitable envers les gros messieurs luisants qui s’enrichissent sur le peuple en jouant à la politique.
Pilotell, un tâcheron doué?
Né à Poitiers dans un univers bourgeois, Georges Pilotell "monte" à Paris où il s’oriente vers le dessin puis la caricature. Sa bourse lui est retirée après accusation d'oisiveté. Ses idées politiques sont nettes, tranchées, en opposition frontale au milieu social dont il est issu.
A l’époque sanglante de la Commune (1871), il s’arroge des fonctions officielles qui lui seront contestées. Pilotell sera ensuite accusé d’avoir pris part à certaines exactions. Les temps sont graves.

Après les convulsions de la Commune, il est recherché. Une longue odyssée commence pour lui ; il passe par la Suisse, la Belgique, la Hollande, et se fixe enfin en Angleterre. Il y devient alors dessinateur pour des revues de mode. Sa prospérité nouvelle contraste avec le destin qu’il s’était imaginé (un tribunal français avait d’ailleurs fini par le condamner à mort).
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Pas peu fier de son talent, il prétendra avoir exercé pendant 20 ans « une influence considérable sur la mode anglaise », et fréquentera sans trop de honte l’hyper-bourgeoisie anglaise. Il meurt à Londres en 1918, après s’être ménagé une deuxième vie plus assise et moins passionnelle que la première.

L’œuvre de Pilotell
Georges Pilotell a collaboré à des revues telles le Charivari, le Bouffon, ou encore La Rue. Ses caricatures, très mordantes, n’ont pas la valeur esthétique de celles d’un Daumier. Elles se démarquent pourtant par certains traits humoristiques bien sentis (on pense au profil de ce curé à gueule ignoble accompagné de la légende suivante : « Créé à l’image de Dieu ».

Plus largement, ses dessins, croquis et caricatures véhiculent une sorte de condamnation citoyenne à l’encontre de toute forme d’hypocrisie réactionnaire ; il s’agit d’œuvres très ironiques, acerbes, qui dénoncent les liens éternels de la politique et de l’argent. Pilotell se fait le chantre d’une République sociale, intègre et généreuse, qui ferait pièce à toutes les compromissions du pouvoir. Il serait un peu excessif de le qualifier de génie, d’autant que certains de ses slogans et concepts comportent plus de poudre que d’étincelle :
« Décidément si Dieu existait il faudrait l’exécuter »
Le « Dieu pétroleur »…

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