L'amour dans l'islam et le Coran, selon la psyché chrétienne

 

Le reproche traditionnel qu’invoquent les chrétiens contre le Dieu de l’islam et du Coran, c’est sa transcendance impassible, l’amour statique qu’il éprouverait pour les hommes. Le théologien Stanislas Breton écrivait :


« Que serait un amour qui refuserait de souffrir ?» (L’avenir du christianisme)


Il faut approcher la psyché chrétienne pour comprendre son regard sur l’islam et le Coran : les arguments chrétiens passent par le message de la croix, le sacrifice. Les chrétiens croient que la plus belle preuve d’amour au monde, et donc sa définition la plus pure, c’est d’être capable de se sacrifier pour ceux qu’on aime.


Dès lors, si Dieu est amour et qu’il l’est parfaitement, son amour doit équivaloir au sacrifice. Un Dieu tout puissant est capable de déchoir volontairement de son éminence absolue pour vaincre la mort et sauver les hommes de la déchéance.


Sa toute-puissance culmine justement dans cette capacité à se mettre en jeu lui-même, puis à vaincre. Dieu ne saurait être une divinité planquée, à l’abri du mal. S’il est tout-puissant et fondement de l’amour, il est en capacité d’entrer en jeu. Si une femme est capable de se sacrifier par amour pour son enfant, Dieu l’est mille fois davantage. Lui ne sauve pas une seule personne, mais l’humanité, avec son concours au travers des siècles. Il s’agit d’une collaboration méta-historique.


Si l’homme est capable de marcher sur la lune, combien davantage Dieu est capable de marcher sur la Terre. L’a-t-Il fait ? Vaste question pour l’islam et le christianisme ; peut-Il le faire ? Oui, s’Il est tout-puissant. On voit ici que les principes de l’amour et de la toute-puissance convergent, dans le fait d’oser fouler le sol terrestre, celui des misérables créatures, là où règne le mal et le péché. Le Dieu de la conscience chrétienne n’a pas peur de "se salir" dans ce chaudron d’immondices.
L’amour véritable est à ce prix. Le théologien Michel de Certeau a écrit :


« Le sens brille au fond du risque » (Comme un voleur)


Celui qui sait se risquer est un homme véritable : cette vertu, Dieu la possède absolument, selon le chrétien. Il n’est pas une divinité impotente. Il est le contraire du néant, il EST absolument, et l’être, c’est donc la vie. La vie absolue, suréminente, par-delà la mort elle-même. Dieu vit au-delà de la mort. Il a vaincu la mort, et c’est à ce titre qu’il est la VIE. Voici en quelques lignes maladroites à quoi tient la conscience chrétienne.

 


L’amour et son approche théologique (islam et christianisme)

 


Les chrétiens ont conscience qu’ils se sont historiquement plus ou moins bien comportés vis-à-vis de la Parole. Le culte des saints (qui ne sont pas des dieux mais des hommes-exemples) a parfois excédé les bornes pédagogiques officielles, et certains croyants sont tombés dans un vague polythéisme. Cela, les chrétiens honnêtes en conviennent.


Le problème est que la théologie chrétienne est tellement complexe et passionnante que beaucoup de croyants ont mal interprété leur propre tradition, et sont tombés dans l’erreur. Ainsi cette tendance à nier la toute-puissance de Dieu, chez des théologiens comme Dietrich Bonhoeffer (pendu par les nazis en 1945) ou Nicolas Berdiaev (philosophe orthodoxe), lequel a un jour écrit cette énormité :


« Dieu ne possède nulle puissance. Il est moins puissant qu’un agent de police» (Essai d’autobiographie spirituelle)


L’erreur grave commise par ces chrétiens, c’est d’avoir cru que la croix impliquait l’impuissance de Dieu. Naturellement, un raisonnement ordinaire constaterait que Jésus étant cloué au bois par de vulgaires humains, il serait de fait incapable de se sauver. Mais l’amour ? Le sacrifice ? Dieu décidant de se sacrifier, il consent à endurer le pire malgré sa toute-puissance (et même du fait de sa toute-puissance). Un Dieu superman ne serait pas tout-puissant ; ce serait simplement un surhomme. Dieu est au-delà de nos conceptions primaires de la puissance : la toute-puissance triomphe par l’amour absolu, lorsque les deux notions convergent et ne font plus qu’une.


Dieu est surnaturel, il est au-delà de notre horizon physiologique. Cependant, il est étroitement collé à nous. Le Coran dit lui-même qu’Allah est plus proche de l’homme que sa veine jugulaire (Cr 50-16).


Beaucoup de chrétiens font donc erreur lorsqu’ils prétendent que le Dieu du Coran est toujours présenté lointain de l’homme. D’autres chrétiens voient là comme une hésitation théologique : Allah serait à certaines reprises proche et lointain, un peu comme dans l’Ancien Testament, mais le sommet de sa présence, ce serait la manifestation racontée par le Nouveau Testament.


Il a  aussi été écrit que le Dieu du Coran accorde son amour un peu comme une transaction, seulement si l’homme fait le bien :


«  Oui, le Miséricordieux accordera son amour à ceux qui auront cru et qui auront accompli des œuvres bonnes» (Cr 19-96)


L’idée rejoint ce qui se trouve écrit chez les chrétiens et les juifs. Cependant les chrétiens vont jusqu’à affirmer que l’amour de Dieu est inconditionnel. Certes, il y a rétribution selon le mérite des créatures, mais l’amour va au-delà encore. Il dépasse ce côté transactionnel.


Certains chrétiens tomberont dès lors dans l’erreur en postulant que si l’amour de Dieu dépasse le péché, c’est qu’il est "garanti", et que l’on peut se comporter comme bon nous semble. Certains théologiens chrétiens sont tombés dans ce piège, et notamment les protestants (la théologie protestante a tendance à minorer l’importance des actes dans le Salut).
L’acte est primordial, aussi modique soit-il. Dieu impose à chacun selon son fardeau, mais l’homme doit coopérer. Cela, le Coran le répète à de nombreuses reprises.


« Je suis en vérité celui qui pardonne sans cesse à celui qui revient vers moi ; à celui qui croit, qui fait le bien» (Cr 20-82)


Notre intelligibilité de l’amour est corrompue par les idoles que nous nous en faisons (conceptions larmoyantes, doucereuses, sucrées…). L’amour est au-delà des vecteurs imparfaits que sont les langues et les mots, c’est une notion toujours en avance, lointaine et toute proche, surnaturelle.


L’amour est le mystère que nous cherchons sans cesse à cerner, à toucher, à éprouver. Il nous passionne tous ontologiquement, car nous avons son gène dans nos veines. On sent son parfum, on perçoit certains de ses contours, mais il nous échappe toujours. Chrétiens et musulmans sont invités à méditer l’amour rigoureusement. Dieu les invite à essayer d’approcher la notion par-delà les idoles. C’est difficile. L’amour est la vérité. Une vérité qui dépasse nos petites préconceptions ordinaires. Nous devons tenter d’ouvrir notre âme à son intelligence, quitte à être déstabilisés. Dans cette mesure, Chesterton a justement écrit :


« La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction car la fiction n'est qu'une création de l'esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure » (Curieuse affaire de l’agent de location)

 

Pierre-André Bizien

 


Citations intéressantes

 


« La foi peut être comparée à une balance : crainte et espérance en sont les deux plateaux, l’aiguille en est l’amour, et les plateaux sont suspendus aux mœurs vertueuses » (Ansari, Les cent terrains)


« Si la science ne bénéficie pas de l’amour, elle n’est qu’un théâtre d’idées : ce spectacle n’est qu’une magie » (Mohammed Iqbal, Le livre de l’éternité)


« Les hommes se divisent en trois catégories : ceux que tu n’as pas outragés et qui t’outragent, ceux que tu as outragés et qui t’outragent, et ceux que tu outrages et qui ne t’outragent pas » (Al Kharaqânî, Paroles)


« Il y a consensus chez les musulmans pour considérer que les énoncés littéraux de la Révélation n’ont pas tous à être pris dans leur sens obvie » (Averroès, Fasl al-maqâl)


« Méprise celui qui n’est ni envié ni insulté ; n’accorde aucune valeur à celui qui n’a pas été traité d’incroyant ou d’impie » (Al Ghazali, Le critère de distinction entre l’islam et l’incroyance)

 

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