Non-croyante, la célèbre psychanalyste Julia Kristeva a pourtant profondément défendu le christianisme, évoquant même un génie du chrétianisme (de manière certes moins tapageuse que Chateaubriand, mais tout de même).
"Pour moi, le génie du christianisme réside dans son attachement à l’eccéité, la singularité partageable. Marcher dans les pas de Jésus, le Dieu fait homme, c’est prendre soin de chaque individu dans sa singularité et chercher à diffuser ce message à toute l’humanité, à le partager. Cette construction est la base des droits de l’homme" (Julia Kristeva, psychanalyste athée, Le Monde des religions, n°89, mai-juin 2018)
ou encore:
"Le christianisme est la seule religion qui tutoie la souffrance, qui l’apprivoise" (Julia Kristeva, Témoignage chrétien, 29/03/2012)
Ce regard amical pour le christianisme, à l'intérieur du monde de la psychanalyse, a quelque chose de rafraichissant, sinon de rassurant pour le croyant. Il serait utile de prolonger la réflexion sans pour autant glisser sur les pentes sucrées de la complaisance. Le rapport du christianisme à la souffrance est effroyablement complexe... ce qui prouve, par là-même, qu'il n'est pas réductible à une dilection mortifère pour la douleur et la peine. Julia Kristeva utilise le verbe "tutoyer", et c'est sûrement le bon: si le christianisme semble si souvent aimer la souffrance, c'est précisément parce qu'il la "tutoie", il n'en a pas peur, il s'en approche au plus près... mais pour la vaincre. D'où "l'illusion d'optique" si ordinaire à ce sujet.
Pierre-André Bizien
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