Le radical-chic

 


Il faudra bien que cela cesse. Si possible, avant le prochain siècle. Les entrailles de la France contemporaine sont emplies de parfum ; un parfum qui sent bon, très bon, mais qui empoisonne les fibres de notre chair collective. Le "nauséabond" n’est qu’un mythe linguistique, une idole de papier. Ce qui est moralement grave ne sent pas toujours mauvais, et c’est cela, précisément, qui est redoutable. Explications.


Depuis force décennies, on nous effraie au moyen d’une rhétorique millimétriquement calibrée, afin de court-circuiter les théories qui malmènent la guimauve qui règne sur nos cervelles. Aucun complot, bien entendu, ce serait trop tendre, trop moelleux… Il s’agit plutôt de constater l’existence d’une sorte de champignon contagieux, qui atteint les diverses couches sociales de notre pays : la pose radical-chic.


Paradoxe intéressant, ce travers est un décadentisme d’élite qui se diffuse démocratiquement sur le crin de toutes les classes. Le "radical-chic" est une posture morale endémique, qui se répand malencontreusement par les canaux traditionnels de la connaissance. On l’attrape en lisant les journaux, en arpentant les galeries d’artistes, en se frottant à l’esprit universitaire, en écoutant les débats politiques… A peu de choses près, l’ignorance serait préservative ; non pas l’ignorance bovine de votre voisine pleine de varices, mais plutôt l’ignorance hébétée de l’homme qui a divorcé de son époque… pour cause d’incompatibilité d’humeur, et d’impuissance à copuler avec.


La pose radical-chic intervient en toutes circonstances, tout spécialement lorsqu’il est question de sujets sensibles : cannabis, morale sexuelle, délinquance, passé de la France, etc… On entre soudainement dans la psychologie du coin de l’œil : on s’épie mutuellement, chacun prêt à activer les gyrophares de la morale si le voisin dépasse, ne serait-ce que d’un pouce, la ligne jaune du dicible. Oui, le dicible, en démocratie… cherchez l’erreur. Vous avez le droit d’avoir votre avis, à partir du moment où celui-ci est "correct". Au fond, les sociétés médiévales fonctionnaient sur un principe plutôt similaire… à quelques exceptions calcinantes près.


Le trompe l’œil le plus abouti de notre époque : avoir su faire passer les individus les plus frileux, les plus conformistes, les plus "observants" de la religion officielle pour les plus subversifs et les plus radicaux. Eternel constat de conservateur cliniquement patenté… certainement. Mais quel sens pour les mots : conservateur = passé = droite = caca, donc conservateur = caca. Voici pour la culture politique contemporaine.


Or, et là ne boudons pas notre plaisir de faire "gauche", n’est-il pas temps de "déconstruire" les grandes idoles sémantiques ? Conservateur = conserver. Qui veut conserver quoi… qui veut conserver les acquis sociaux, la culture et son exception naturelle, le système des retraites, etc… Le conservateur est à droite ou à gauche, c’est selon le domaine envisagé. De même pour le "progressiste", l’alternatif, etc.


Le radical-chic, lui, exhibe fièrement un passeport de gôche, comme si le bord politique était en soi de quelque valeur en ce monde. Le radical-chic joue les barricades mais réclame la maréchaussée dès qu’il arrive au pouvoir et que l’opposition a l’insolence d’être contestataire. Le radical-chic dit merde aux lois, sauf lorsqu’il les promulgue. Il promeut l’esprit d’insoumission, mais l’interdit dès que c’est lui-même qui gouverne. Il aguiche, se trémousse, il simule. Bref, et c’est son seul lien avec la rue, le radical-chic est une petite pute.


Pierre-André Bizien
 

 


 

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