Penser les violences scolaires

Si la France n'a pour le moment pas connu de tueries à la « Colombine », les violences en milieu scolaire sont pourtant en constante augmentation depuis plusieurs années. Ainsi, en 2012/2013, 54000 incidents graves ont été déclarés contre 51000 pour l'année précédente. Généralement, ces actes se déroulent dans l'enseignement secondaire et en particulier au sein des collèges (70 % des cas) et des lycées professionnels (16 %). Souvent à la une des médias, les agressions physiques, le racket ou les destructions de biens ne sont pourtant pas les formes de violence les plus répandues à l'école. A l'inverse, les « micro-violences », c'est-à-dire, les injures, les menaces et surtout le harcèlement sévissent de manière beaucoup plus fréquente dans les établissements scolaires.

 

Parmi les victimes de ces actes violents, les professeurs constituent la cible « privilégiée » des violences verbales (41% des cas) alors que les élèves sont surtout concernés par les violences physiques (33 % des cas) et par le harcèlement. Toutefois, certaines études sociologiques constatent le caractère « genré » des violences commises en milieu scolaire. Les garçons sont plus nombreux que les filles à être impliqués dans des faits de violences physiques alors que celles-ci font plus souvent  l'objet de violences psychologiques (insultes, rumeurs diffamantes...). Quoi qu'il en soit, l'intensification de la violence à l'école ne concerne pas seulement les établissements situés en « zones sensibles » mais se généralise à l'ensemble du tissu scolaire.

 

Face à cet inquiétant constat, le Ministère de l'Education Nationale tente de mettre en oeuvre une politique d'amélioration du climat scolaire :

 

Les élèves ont besoin de travailler dans un climat serein pour réussir. Seule une politique pérenne et globale reposant sur une amélioration du climat scolaire peut faire diminuer les violences en milieu scolaire."

 

Pour y parvenir, l'Education Nationale centre sa stratégie sur une sensibilisation et une implication plus importante des différents acteurs du milieu scolaire (élèves, parents et professeurs)  face à la violence. A titre d'exemple, la campagne «  Agir contre le harcèlement à l'école » a permis aux élèves de devenir de véritables acteurs de la lutte contre ce type de violence via un concours au cours duquel plus de 800 vidéos et affiches ont été réalisées.


Toutefois, dans les cas les plus extrêmes, ce dispositif peut être complété par des mesures de sécurisation des établissements à travers l'amélioration des locaux (clôtures, caméras,), le déploiement ponctuel d'équipes de sécurité et le recours à des correspondants issus de la police et de la gendarmerie.



Il ressort des grands axes de cette politique que le Ministère de l'Education Nationale compte surtout agir sur le facteur humain pour réguler les violences en milieu scolaire. Pourtant, depuis la mise en place du plan «  Lang » en 1992, une dizaine de projets différents se sont succédés sans pour autant solutionner ce problème. Cette situation suscite donc des interrogations sur la capacité réelle des pouvoirs publics à préserver l'école républicaine d'une violence qui se banalise dans la société.

 

Alexandre Depont

 


Pour aller plus loin 

 

Sur le Ministère de l'Education Nationale : « De la maternelle au baccalauréat, climat scolaire et préservation des violences ».
http://www.education.gouv.fr/cid2765/climat-scolaire-et-prevention-des-violences.html

 

« Enquête : les chiffres de la violence à l’école 2012-2013 », Intellego.fr, 30 Décembre 2013
http://www.intellego.fr/actualites/education/les-chiffres-de-la-violence-a-l-ecole-2012-2013/14318#1llbSXBrJmqKK78D.99

 

Caroline Brizard, « Harcèlement, racket, violences à l'école, attention danger ! », Le Nouvel Observateur, 24 avril 2013.
http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20130423.OBS6760/harcelement-racket-violences-a-l-ecole-attention-danger.html

 

Vincent Troger, « La violence scolaire », Sciences humaines, Juin 2006. http://www.scienceshumaines.com/la-violence-scolaire_fr_14590.html

 

Stéphane Polsky, "Le 9-3 de Z à A", éd. Les Mandarines
   

 


 

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