Dissuasion nucléaire, le trou noir financier

 

L’Assemblée nationale puis le sénat s’apprêtent à voter les crédits des ministères pour 2017. Celui de la défense ne connaît pas la crise ! Près de 3 milliards d’euros annuels supplémentaires y sont prévus pour la politique militaire atomique de la France dans les prochaines années.


Chaque automne, le Parlement examine et vote, pour chaque mission, le Projet de Loi de Finances, accompagné du Projet Annuel de Performance. Sur le site du Ministère, on peut lire que ces cinq dernières années les ressources de la Défense se sont maintenues autour de 31,4 Md€. Concernant 2016, on lit que « Dans un contexte stratégique lourd de menaces, (…) en tirant les conséquences des attentats de janvier 2015 sur notre territoire et de l’intensité de l’engagement de nos armées » le budget de la Défense a été porté à près de 32 Md€. Les axes prioritaires donnés à la mission étaient la protection du territoire, l’équipement et l’activité opérationnelle des forces, ou encore le renseignement. Environ 11% du budget de la Défense ont été dédiés à la dissuasion nucléaire en 2016.


Le Projet de loi finance 2017 prévoit 32,7 milliards d’euros pour 2017, mettant la mission Défense en 2ème position en termes de budgets (13% du budget). Récemment, le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a été jusqu’à plaider pour que ce budget passe à 41 milliards dès 2020, déclarant: «Je vous vends un modèle d’armée à 2% [du PIB] qui est bon et qui assurera la protection des français. C’est le prix de la paix, l’effort de guerre. Moi, je ne discute pas du prix de la guerre !». 19,7 milliards d’euros alloués à la dissuasion nucléaire sur la période 2015-2019 (sous forme océanique et aéroportée), sur les 190 milliards de crédits prévus pour la Défense par l’actualisation de la LPM. Ces coûts ne tiennent pas comptent de ceux dégagés dans la recherche et le développement relatifs aux opérations de dissuasion, qui relèvent d’un autre budget de la mission « Défense », ni  du démantèlement et de la gestion des déchets nucléaires.


Une stratégie sans fin. D’après l’Observatoire des armements, « Les données montrent que bien que le nombre total des armes nucléaires dans le monde continue de baisser, aucun des États dotés d’armes nucléaires n’est prêt à renoncer à ses arsenaux nucléaires dans un avenir prévisible. »  Dans un article du journal Le Point, en novembre 2014, on pouvait déjà lire l’esprit de cette position vis-à-vis de l’importance de l’armement nucléaire, y compris dans nos finances.

 

Pour le ministre de la Défense en effet, cette stratégie est la bonne : « Ceux qui entendent délégitimer fondamentalement la dissuasion nucléaire se trompent de combat. Nous devons éviter que l’appel généreux à un monde sans armes nucléaires ne prépare un monde où seuls les dictateurs en disposeraient. » face à un « monde plus instable, plus ambigu et plus incertain. » François Hollande, après l’attentat au siège de Charlie Hebdo, expliquait fin avril 2015 que « La sécurité, la protection, l’indépendance sont des principes qui ne se négocient pas » à l’issue d’un conseil de défense suite auquel il accorde une rallonge de 3,8 milliards d’euros à la défense.


Vous avez dit sécurité ? Les raisons de sécurité invoquées pour justifier l’augmentation du budget de l’armée dans les années à venir et la part accordée à la dissuasion ne font sans doute pas l’unanimité... L’idée même de devoir en passer par la menace de guerre pour assurer la paix ne fait pas sens, quand il s’agit en plus de menacer d’utiliser une arme qui porterait atteinte à l’humanité entière. Rien ne permet de faire passer cette stratégie pour une stratégie de paix ! Car la paix n’est pas synonyme de statu quo ou de guerre froide. Au contraire, elle a besoin de forces fédératrices pour lui créer un espace où elle puisse sans cesse se penser, grandir et se développer.

 

En attendant, la population est privée de ressources précieuses en matière d’éducation, de culture, de santé ; les meilleurs vecteurs du développement d’une culture de paix et les meilleurs garants d’une sécurité durable et synonyme de sérénité et de vie, et non d’une société de peur et de méfiance, mortifères. Mais encore une fois le gouvernement affiche par ses priorités budgétaires une idéologie offensive, rétrograde, non citoyenne, sans tenir compte des besoins réels de la population dans le contexte difficile dans lequel nous nous trouvons et sans même la consulter, et il ne prévoit aucun budget pour la paix. En 2017, le budget du combo sécurité-justice défense gagnera 13,3 milliards d’euros, dont 600 millions pour la Défense et 2 milliards pour la sécurité, quand l’enseignement et la recherche gagneront 2,1 milliards d’euros supplémentaires.


Bertille Cuvier (Le Mouvement de la Paix, www.mvtpaix.org)

 

 

 

[Les contributeurs invités rédigent ici leurs articles en leur nom personnel]

 


 

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