Sait-on que Renaud Camus a lui-même relativisé sa propre théorie du Grand remplacement, sur le plateau de TVLibertés le 2 mars 2017 ?
Il mettait notamment en garde contre une interprétation primaire de l’expression ; quelques mois plus tard, il précisait même que le Grand remplacement n’est pas un concept mais un syntagme, et reconnaissait la relativité de ce syntagme : « tous les noms sont imparfaits », ainsi la Guerre de Cent ans n’a pas duré 100 ans mais 107 (Renaud Camus, Répliques, 10 juin 2017).
Quoi qu’il en soit et comme toujours, le terme a échappé à son auteur en se popularisant dans la société. Le Grand remplacement est de nos jours synonyme de sombre fantasme aux relents racistes, et les excès de langage ne se comptent plus.
Etonnamment, le démographe de gauche Hervé Le Bras a lui-même affirmé « Je ne suis pas contre l’idée d’un grand remplacement » (Répliques, 2 juin 2017), en précisant :
« Ce qui est en train de se produire, c’est une population d’origine mixte est en train de remplacer une population qui était non pas d’une origine fermée mais d’une origine moins mixte, plus homogène » (Hervé Le Bras, Répliques, 10 juin 2017)
Evidemment, les théories racistes se sont largement emparées de l’expression pour l’outrer à l’écarlate, la rendant ainsi proprement in-signifiante. Mais Renaud Camus lui-même, il faut le reconnaître, pose dans ses propos civilisationnels une charge polémique certaine. Notamment lorsqu’il parle d’« occupation », et qu’il compare le grand remplacement à une colonisation décuplée :
« Je pense au contraire que la France et même l’Europe dans son ensemble sont beaucoup plus colonisées qu’elles n’ont jamais colonisé l’Afrique ; colonisées beaucoup plus gravement, beaucoup plus profondément, puisque c’est une colonisation démographique. C’est-à-dire que cette colonisation-là risque d’être irréversible » (TV libertés, 2 mars 2017)
Marlène Schiappa et le Grand remplacement
Le 10 février 2020, lors d’un débat sur CNews avec Eric Zemmour, la ministre Marlène Schiappa pose un lien entre la réflexion de Renaud Camus sur le Grand remplacement et l’attentat de Christchurch. Au cours du débat, la jeune femme s’était montrée adroite, courtoise et intelligente face à un Eric Zemmour certes perspicace mais outrancier et agressif. Elle avait même concédé un « Je ne suis pas pour le multiculturalisme » (Marlène Schiappa, CNews, 10 février 2020) qui surprit sans doute de nombreux téléspectateurs.
Très rapidement, suite à l’émission, Renaud Camus s’est insurgé sur Twitter : « Marlène Schiappa prétend que le tueur de Christchurch avait sur lui mon livre. C’est une grave diffamation, elle confond avec la brochure du tueur, “The Great Replacement”, qui n’a rien à voir. Étant donné les us de l‘Occupant, c’est aussi une mise en danger de la vie d’autrui. » (Twitter, 10 février 2020)
Avec son avocat, l’intellectuel est même allé jusqu’à déposer plainte contre Marlène Schiappa. Il est certain que le Grand remplacement n’a pas fini de faire parler. Il serait peut-être utile d’appréhender le terme avec un esprit de sérieux renouvelé, sans sombrer dans le fantasme ou la légèreté, d’un côté comme de l’autre. Le fond du problème n’est-il pas le fait qu’en France, il est proprement impossible de poser des réflexions sereines et de qualité sur la question migratoire ? Des solutions existent pourtant face à ce blocage de psychologie collective : poser des hypothèses plutôt que des prophéties, comme le requiert la démarche scientifique. Poser des questions, même gênantes, plutôt que des sermons, comme l’exige la démarche philosophique.
A ce sujet, il serait urgent de lire le récit de Gaëtan Poisson, à propos de la question morale, de l’Eglise et de l’homosexualité. Il s’agit d’une apologie très argumentée de l’Eglise catholique : une apologie posée par un homosexuel ancien séminariste. L’ouvrage est plein de citations d’artistes, de philosophes et de théologiens sur l’homosexualité, la défense de l’Eglise… Hautement instructif.

(Référence : Gaëtan Poisson, L’homosexualité au risque de la foi – Le témoignage d’un gay qui défend l’Eglise, Téqui, 2020)

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