Rivalités stratégiques en mer de Chine

 

Divisée en deux espaces reliés par le détroit de Taïwan, la mer de Chine comporte une partie orientale et une partie méridionale. Dotée d'une superficie de 1 249 000 km², la mer de Chine orientale se situe entre la Chine, la péninsule de Corée, Taïwan et le Japon. Quant à la mer de Chine méridionale, elle couvre une superficie de 3 500 000 km² et s'étend sur un espace compris entre la Chine, Taïwan, et l'Asie du Sud-Est.


Située sur certaines des plus grandes routes maritimes mondiales, la mer de Chine est aujourd'hui au centre de plusieurs conflits majeurs. Aux enjeux territoriaux et économiques qui opposent les Etats riverains de cet espace maritime, s'ajoutent aussi les bouleversements géostratégiques provoqués par l'essor de la puissance chinoise. Alors que le centre de gravité du « système-monde » se déplace de l'Atlantique vers le Pacifique, la mer de Chine est-elle en passe de devenir un théâtre d'affrontements majeurs entre les puissances ?

 


DES CONTENTIEUX TERRITORIAUX NON RÉSOLUS 



Les îles Senkaku au centre d'un duel sino-japonais en mer de Chine orientale

 

Malgré l'application de la convention de Montego Bay qui réglemente l'usage des espaces maritimes, plusieurs contentieux territoriaux ont cours en mer de Chine. Ces dernières années ont notamment été marquées par de fortes tensions entre la Chine et le Japon à propos de la souveraineté nippone sur les îles Senkaku.


 
Situé au nord-ouest de Taïwan et à l'est des îles Ryukyu, l'archipel des Senkaku (Diaoyu en chinois) a été annexé par le Japon en 1895 au moment de la première guerre sino-japonaise. Cependant, en raison de troubles politiques et de sa soumission aux puissances coloniales, la Chine n'a pas été en mesure de contester dans l'immédiat les clauses du traité de Shimonoseki. En outre, les désastres provoqués par l'invasion japonaise de 1931, la Seconde Guerre mondiale et la guerre civile qui leur a succédé, ont affecté durablement la position internationale du pays durant le XXème siècle.

 

 

En 1971, malgré leur opposition idéologique, Taïwan et de la Chine populaire ont émis des protestations officielles à l'encontre de la restitution des îles Senkaku faite au Japon par les États-Unis. Néanmoins, dans un contexte marqué par la Guerre froide, Taïwan et la Chine communiste ne détenaient pas les moyens de contester de façon plus vigoureuse la souveraineté nippone sur cet archipel. Depuis la fin de l'affrontement Est / Ouest, l'émergence de la Chine a entraîné une profonde mutation des rapports de force dans la région.

 

Si les incidents entre la Chine et le Japon ont été peu nombreux jusqu'au début des années 2000, on assiste désormais à une escalade des tensions entre les deux pays. En 2012, le rachat par l’État japonais des Senkaku à leurs propriétaires privés a été considéré par Pékin comme une provocation.   Furieux, Wen Jiabao, le premier ministre chinois  qui était en fonction au moment des faits déclara que :

 

Les îles Diaoyu sont partie intégrante du territoire chinois. Sur les questions concernant la souveraineté et les territoires, le gouvernement et le peuple chinois ne céderont jamais un centimètre carré »

 

En janvier 2013, quelques mois après ces propos qui furent suivis de manifestations anti-nippones en Chine, le premier ministre japonais, Shinzô Abe, annonça la constitution d'une force navale chargée de surveiller les Senkaku. Loin de dissuader la Chine, cette nouvelle a provoqué le déploiement d'unités de l'Armée Populaire de Libération (APL) autour de l'archipel convoité. Pékin a alors multiplié les incursions de ses navires dans les eaux territoriales des Senkaku et intégré l'archipel dans une zone d'identification aérienne.

 

Enfin, en décembre 2014, le quotidien The Japan Times révélait la construction d'une base militaire chinoise sur les îles Nanji situées à 300 km au nord-ouest des Senkaku. Cité par ce journal, le spécialiste chinois en stratégie navale Lie Jie affirmait à propos de ces  îles que :

 

[…]c'est un point stratégique important par rapport à sa proximité avec les îles Diaoyu d’où il sera possible d’envoyer des renforts vers la ZAI. De plus c’est un point stratégique majeur pour la défense des côtes chinoises. Ceci est pour, bien évidemment, renforcer la présence militaire de la Chine dans cette zone »

 

Loin d'être passif, le Japon surveille avec attention les manœuvres de son voisin chinois. Les débats actuels sur la remilitarisation du Japon révèlent les inquiétudes de l'opinion publique nippone vis-à-vis de la Chine. Toutefois, si la Corée du Sud s'inquiète aussi des revendications de Pékin sur la mer de Chine, cet Etat reproche au Pays du Soleil Levant de nier sa souveraineté sur les îles Dokdo en mer du Japon. Ce conflit dans lequel le Japon apparaît comme l'agresseur permet aux autorités chinoises de justifier leur position à propos des Senkaku face à un Japon dépeint comme « impérialiste ».

 


L'expansion chinoise en mer de Chine méridionale

 

 

La mer de Chine orientale est aussi le théâtre de conflits majeurs qui opposent à la Chine à plusieurs pays du Sud-Est asiatique. Les contentieux les plus importants se cristallisent sur les archipels des Paracel et des Spratley.



Intégré à l'Indochine fran¬çaise jusqu'en 1939, l'archipel des Paracel fut occupé par le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la défaite de l'Empire du Soleil Levant, les îles Amphitrites sont annexés par la République de Chine alors que la France reprend possession des îles du Croissant. Cédées au Vietnam en 1950, les îles du Croissant sont envahies par la Chine populaire en 1974. Malgré la réunification du Vietnam sous l'égide d'un régime communiste en 1976, Pékin affirme toujours sa souveraineté sur l'archipel face aux revendications du Vietnam.  Le 11 décembre 2014, Hong Lei, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine déclarait que :

 

[…]les îles Xisha [les Paracel] font partie intégrante du territoire chinois. En 1948 déjà, le gouvernement chinois a publié une carte officielle marquant la ligne discontinue en Mer de Chine méridionale. La souveraineté de la Chine en mer de Chine méridionale et ses revendications de droits y relatifs sont formés progressivement au cours d'un long processus historique, ils possèdent d'amples fondements au regard du droit international et les gouvernements chinois successifs s'y sont tous attachés. La revendication de souveraineté de la partie vietnamienne sur les îles Nansha [les Spratley] et les îles Xisha est nulle et non avenue, et la Chine ne l'acceptera jamais»



Pour appuyer cette position, Pékin a annoncé en 2012 l'implantation d'une garnison militaire dans les Paracel ainsi que la création d'une préfecture maritime sur Woody (Yongxing en chinois), la plus grande île de l'archipel. La préfecture de Sansha est ainsi chargée de l'administration des possessions chinoises en mer de Chine méridionale. Depuis, la Chine entend mettre fin au statu quo qui l'oppose au Vietnam en créant une piste d'aviation militaire sur Woody pour renforcer la défense des Paracel.


A l'instar des îles Paracel, l'archipel des Spratley fait l'objet d'une âpre rivalité entre la Chine populaire et plusieurs Etats dont Taïwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. La possession de ces îles a été revendiquée dès 1909 par la Chine mais elles furent annexées par le gouvernement colonial de la Cochinchine en 1933. Cependant, pendant la Seconde Guerre mondiale, l'archipel est occupé par le Japon qui y établit une base pour ses sous-marins. Au lendemain de la défaite nippone, seul le gouvernement nationaliste de Taïwan s'intéresse à cet archipel en y entretenant une garnison de 400 hommes.

 

C'est  au cours des années 1960 que le conflit territorial des Spratley prend de l'ampleur quand les Philippines s'emparent de plusieurs îles. A son tour, en 1973, le Vietnam qui revendique sa souveraineté sur la totalité de l'archipel, expédie des soldats dans cinq îles alors qu'il perd le contrôle des Paracel. Dans les années 1980, la Malaisie occupe à son tour quatre îles et le conflit dégénère quand la Chine communiste intervient militairement face au Vietna. Ainsi, le 14 mars 1988, une bataille navale entre la Chine populaire et le Vietnam se solde par la mort de 64 marins vietnamiens et la perte de trois navires.

Depuis cet évènement, les relations entre la Chine et le Vietnam n'ont eu de cesse de s'envenimer  car chaque Etat revendique sa souveraineté sur l'archipel sur la base de prétendus « droits historiques ». Le 24 juillet 2014, le président de la République socialiste du Vietnam, Truong Tân Sang affirmait ainsi que :

 

« Pour tout Vietnamien, la souveraineté territoriale est inviolable. […] Notre peuple, notre Parti et notre Etat ont suffisamment de volonté, de vaillance, et de détermination ainsi que de bases historiques et juridiques pour défendre la souveraineté nationale. Il est inacceptable qu'un pays puissant [la Chine] ne respecte pas la morale et la justice. Durant des milliers d'années, notre peuple a lutté avec vaillance contre les envahisseurs pour défendre la Patrie »

 

A l'heure actuelle, la situation des Spratley est complexe car la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei ont placé des garnisons et des infrastructures militaires pour appuyer leurs revendications territoriales. En novembre 2014, le site web de l'hebdomadaire IHS Jane's Defence révélait que la Chine a débuté sur l'île de Fiery Cross (Yongshu en chinois) un vaste chantier pour construire une piste d'aviation et un port militaire. Par ce biais, elle impose de facto sa souveraineté sur l'archipel des Spratley au risque d'entraîner ses rivaux dans une confrontation armée.

 


UN POTENTIEL ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIQUE CONVOITÉ 

 

 

Au-delà de leurs dimensions politiques, les luttes pour le contrôle de la mer de Chine sont aussi liées aux ressources naturelles que recèle cet espace ainsi qu'à son statut de carrefour maritime stratégique.



Une mer intégrée à la plus grande façade maritime du monde

 

Aujourd'hui, la façade maritime Asie Pacifique comprend les ports les plus importants du monde. Selon les statistiques fournies par les services portuaires de Rotterdam, en 2013, 15 des 20 premiers ports mondiaux en terme de trafic de conteneurs étaient situés en Asie, dont 9 en Chine.  De même, en ce qui concerne le trafic de marchandises calculé en millions de tonnes métriques, les statistiques nous révèlent que 16 des 20 premiers ports sont asiatiques, dont 13 situés en Chine. À elle seule, l'Asie représente désormais près de 50 % du trafic maritime mondial.
Selon le géographe Yves Boquet, cette domination des ports asiatiques s'explique par la croissance spectaculaire que plusieurs pays du continent ont connu ces vingt dernières années :

 

 

Les ports chinois, en particulier, ont connu une croissance exceptionnelle de leur trafic, ainsi que certains ports d’Asie du Sud-Est, tandis que les ports japonais voyaient leur trafic stagner en comparaison. Le volume de conteneurs manipulés à Shanghai, 20ème port mondial en 1993, a été multiplié par plus de 50 en vingt ans [Shanghai est considéré comme le 1er port mondial en 2013]… Cette évolution de la hiérarchie portuaire reflète les mécanismes de division internationale du travail et de forte croissance industrielle des pays émergents»

 

De ce fait, le développement des pays asiatiques a accru leur dépendance au transport par navires pour leurs approvisionnements et leurs exportations. La maîtrise des voies maritimes qui transitent par la mer de Chine devient donc une priorité pour plusieurs pays de la région. Dans ces conditions, certains contentieux s'expliquent par le positionnement stratégique des archipels disputés car la mer de Chine est le chemin le plus court entre le Pacifique nord et l'océan Indien. Toutefois, la mer de Chine recèle également des ressources naturelles qui sont convoitées par les Etats riverains.

 

Un espace maritime riche en ressources naturelles

 

En mer de Chine orientale, le conflit des îles Senkaku s'explique par la présence de ressources énergétiques dans les fonds marins. Selon l'Agence d'information énergétique américaine (EIA), les gisements d'hydrocarbures présents dans cet espace maritime s'élèveraient à 100 millions de barils de pétrole et 1 à 2 milliards de pieds cubes de gaz (280 à 560 millions de m³).. Alors que le Japon ne possède aucunes réserves d'énergie et que les besoins de la Chine en hydrocarbures s'élèvent à 6,5 millions de barils par jour, plusieurs gisements gaziers se situent non loin des Senkaku. Aujourd'hui, la compagnie chinoise CNOOC en exploitent certains à la limite des Zones économiques exclusives revendiquées par Pékin et Tokyo. Néanmoins, ces activités génèrent un sentiment de spoliation chez les Japonais car les deux pays ne sont pas d'accords sur le tracé de leurs ZEE.

 

De même, le sous-sol de la mer de Chine méridionale regorge d'hydrocarbures. Si les estimations des gisements sont sujettes à caution, le journaliste américain Robert D. Kaplan avance les chiffres de 7 milliards de barils de pétrole et de 25 milliards de m3 de gaz. Quant à l'Agence Chine Nouvelle, elle avançait en 2013 les chiffres de 23 à 30 milliards de tonnes de pétrole ainsi que de 16 milliards de m³ de gaz. En 2012, la Chine a mis en service dans cette zone sa première plateforme pétrolière offshore à 300 km au large de Hong-Kong. Depuis cette date, les activités de la CNOOC se sont intensifiées au point d'attiser les tensions dans la région. En mai 2014, l'implantation par Pékin d'une unité d'exploration  proche des Paracel a engendré une grave crise diplomatique avec le Vietnam.

 

Cependant, cette compétition pour l'appropriation des ressources naturelles en mer de Chine méridionale atteint son paroxysme autour de l'archipel des Spratley. En effet, la Chine, les Philippines, la Malaisie, le Vietnam et Brunei revendiquent tout ou partie de cet archipel dans leurs ZEE. Par ailleurs, à l'instar des gisements d'hydrocarbures, les réserves halieutiques sont une source récurrente de conflits en mer de Chine. Effectivement, la pêche dans cet espace maritime représente  10 % de l'ensemble des captures de poissons dans le monde. La maîtrise des zones de pêche de cette mer est d'autant plus importante qu'en Asie les produits de la mer entrent en grande partie dans le régime alimentaire de la population.

 

Enfin, au-delà de ces aspects économiques, la pêche est instrumentalisée par les Etats asiatiques pour revendiquer leur souveraineté sur certaines zones maritimes. Par exemple, la Chine et le Vietnam justifient leurs prétentions territoriales par la présence régulière de leurs pêcheurs à proximité de certaines îles. Mieux encore, les pêcheurs sont souvent employés pour perturber les activités d'exploration et d'exploitation des pays concurrents. Ainsi, en mai 2014 Hanoï a envoyé des chalutiers sur le site de la plateforme chinoise HD 981 pour contester sa mise en service dans des eaux disputées. Au final, cette action s'est soldée par le naufrage d'un chalutier lors d'un affrontement avec des navires de guerre chinois.

 

L'absence de compromis sur la délimitation des ZEE  incitent les Etats riverains de la mer de Chine à fortifier les îles et les récifs qu'ils revendiquent. A cet égard, l'édification d'une « grande muraille de sable » par Pékin a pour but de marquer la souveraineté de « l'empire du milieu » sur les territoires disputés. A une échelle globale, la mer de Chine est au centre d'un dispositif qui doit favoriser la projection de puissance économique et militaire de la Chine. Pourtant, l'essor des capacités navales chinoises incite les Etats-Unis à renforcer leur présence dans un espace maritime qu'ils considèrent comme stratégique.

 

La stratégie du « collier de perles » face à celle du  "pivot asiatique"

 

Sur un plan géostratégique, le développement de la Chine implique une grande dépendance aux approvisionnements extérieurs en matières premières et en hydrocarbures. Face à cette vulnérabilité, Pékin, a initié la stratégie du « collier de perles ». Développée à partir des années 2000, celle-ci consiste à établir des bases navales et des points d'appuis dans un espace compris entre la mer de Chine et la péninsule arabique. Dans le cadre de ce dispositif, les Spratley et les Paracel occupent une place centrale dans le contrôle des axes maritimes qui relient la Chine à l'étranger. De plus, face à l'essor de l'Inde, la stratégie du « collier de perles » permet à Pékin d'isoler un pays concurrent par le biais d'accords avec le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka ou le Myanmar. 

 

En réalité, la stratégie du « collier de perles » s'accompagne aussi d'une mutation de la marine de guerre chinoise. En effet, jusqu'à présent la Chine populaire disposait essentiellement de navires côtiers. Ces dix dernières années ont été marquées par la construction de nombreux bâtiments de haute-mer destinés à accroître les capacités de projection du pays. Parmi les acquisitions de l'arméechinoise, la mise en service du porte-avion Liaoning en septembre 2012 marque une rupture dans les capacités navales de la Chine. Racheté à l'Ukraine en 1999 mais entré en activité en 2012 à l'issu d'une longue reconstruction, ce porte-avion accroît de façon inédite le rayon d'intervention de Pékin.

 

En outre, en début d'année certaines fuites d'informations ont révélé que  l'A.P.L. procédait à la construction d'un second porte-avion. Selon l'expert, Yue Gang, tout porte à croire que la Chine ne vas pas se limiter à la possession de deux porte-avions car  «Il en faut au moins trois à la Chine pour maintenir une présence navale crédible, afin d'en assigner un à chacune de ses trois flottes navales et s'assurer que tout le système de porte-avions fonctionne bien». A  travers ce programme, la Chine entend surclasser en qualité et en quantité les flottes de guerre de ses rivaux asiatiques et notamment celle du Japon. Pourtant, au-delà des enjeux régionaux, cette politique maritime démontre aussi que la Chine populaire souhaite rééquilibrer le rapport de force qui l'oppose aux Etats-Unis en Asie-Pacifique.

 

Omniprésents en Asie-Pacifique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis disposent de nombreuses bases militaires et facilités avec le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines, la Thaïlande, l'Australie, les îles Marshall, les Palaos, la Micronésie et les Mariannes du Nord. Pendant la Guerre froide, la présence des Etats-Unis dans cette région se justifiait par la stratégie du « containment » dont le but était d'empêcher la propagation du communisme en Asie. Pourtant, depuis la chute de l'URSS, le dispositif américain en Asie-Pacifique ne s'est pas allégé en raison des accords de défense qui lient les Etats-Unis au Japon, à la Corée du Sud, aux Philippines et à Taïwan.

 

Par ailleurs, face aux risques de prolifération nucléaire en Corée du Nord, les Etats-Unis ont justifié le maintien de leurs troupes en Corée du Sud et au Japon au nom de la stabilité régionale. Si au cours des dix dernières années les Etats-Unis se sont relativement désengagés d'Europe, l'Asie reste à leurs yeux un espace prioritaire. En dépit de leurs opérations militaires au Moyen-Orient, les Etats-Unis n'ont pas sous-estimés les conséquences de l' «émergence pacifique » de la Chine. Ainsi,  En janvier 2012, l'administration Obama a annoncé  un rééquilibrage du dispositif stratégique étasunien en direction de l'Asie. En réalité, du point de vue américain, la volonté d'hégémonie de Pékin en mer de Chine menace les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés asiatiques.

 

En avril dernier, lors d'une tournée en Asie du Sud-Est, le secrétaire à la Défense Ashton Carter a dénoncé les « activités déstabilisatrices » de Pékin suite à la militarisation de certains récifs et îles en mer Chine. Pour Washington, il est vital de contenir les ambitions chinoises afin de préserver l'équilibre des puissances et de sanctuariser la façade maritime occidentale des Etats-Unis. En outre, les autorités américaines sont conscientes que d'ici 2040, la marine de guerre chinoise pourrait rattraper son retard sur la VIIème flotte de l'US NAVY. A terme, le Pentagone prévoit de mobiliser 60 % des forces navales américaines pour faire face à la marine chinoise en Asie-Pacifique.


L'affirmation de la puissance chinoise bouleverse donc le fragile équilibre qui prévalait jusqu'à présent en mer de Chine. Si les risques d'un conflit majeur sont pour le moment limités, cet espace maritime n'en cristallise pas moins de fortes tensions entre les principaux Etats d'Asie-Pacifique. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que cette région soit le théâtre d'une course aux armements sans précédent. Enfin, à l'échelle globale, les stratégies du « collier de perles » et du « pivot asiatique » illustrent la place essentielle qu'occupe la mer de Chine dans la maîtrise des axes majeurs du commerce maritime.

 

 


Alexandre Depont

 

 

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