Le gaz de schiste, une révolution énergétique?

 

En 1865, lorsque l'Angleterre dominait le monde par sa puissance industrielle et maritime, l'économiste William Stanley Jevons publiait un livre au ton alarmiste : The Coal Question. Dans cet ouvrage, Jevons soulignait que l'épuisement des réserves de charbon dont disposait le Royaume-Uni était inéluctable en raison d'une raréfaction des filons géologiques du pays et à cause d'un renchérissement des coûts d'exploitation de ce combustible fossile. En outre, en l'absence d'une source d'énergie de substitution assez abondante pour remplacer le charbon, Jevons pensait que l'ère  de la pax britannica touchait à sa fin.

 

Si les conclusions apocalyptiques de cet ouvrage ne se sont pas réalisées et ce grâce à l'exploitation des gisements de pétrole du Moyen-Orient, elles ont néanmoins révélé aux puissances leur vulnérabilité à l'égard d'une pénurie d'énergie. Dès lors, la question de la sécurisation des approvisionnements énergétiques est devenue une priorité stratégique pour les États.



À l'heure actuelle, tandis que les mass media insistent sur l'impact des activités humaines sur le réchauffement de la planète, l'exploitation des combustibles fossiles semble atteindre ses limites. En effet, alors que la consommation mondiale en hydrocarbures ne cesse de croître sous l'effet de la demande des pays en développement, les prix du pétrole et du gaz naturel ont connu une augmentation sans précédent depuis les chocs pétroliers de 1973 et 1979. Pourtant, bien que les opinions publiques occidentales soient sensibles à la question du développement durable, la réalisation d'un modèle économique post-pétrolier peine à se concrétiser.

 

En réalité, pendant que le secteur de l'énergie nucléaire traverse une crise depuis l'accident de Fukushima, les énergies renouvelables hors l'hydroélectricité, ne représentent qu'à peine 2 % de la production d'électricité dans le monde. Par ailleurs, le coût de production de ces énergies s'avère souvent supérieur, à court terme, à celui des énergies carbonées ou de l'énergie nucléaire. Dans ce contexte, l'exploitation des hydrocarbures de schiste peut apparaître comme une solution miracle pour les États disposant d'une telle ressource.

 

Pourtant, en raison de leur impact environnemental, les hydrocarbures non conventionnels sont au cœur de violentes polémiques en Europe et aux États-Unis. Faisant l'objet d'une « guerre de l'information » entre les lobbies du secteur de l'énergie et les mouvements écologistes, l'exploitation du gaz de schiste est-elle vraiment à l'origine d'une révolution énergétique ?

 

 

Une source d'énergie qui bouleverse les équilibres mondiaux

 


Une exploitation qui diminue la dépendance énergétique des États-Unis:


Si la première exploitation commerciale du gaz de schiste a été réalisée dans l'État de New York en 1821, l'extraction à grande échelle de ce type d'hydrocarbure est beaucoup plus récente. Malgré la mise au point en 1929 de la technique du forage horizontal et, en 1949, de celle de la fracturation hydraulique, ce n'est qu'au début des années 2000 que l'exploitation de l'huile et du gaz de schiste s'est intensifiée en Amérique du Nord. En effet, l'augmentation générale des prix du pétrole et du gaz naturel ainsi que l'amélioration des techniques d'extraction ont accru la rentabilité de l'exploitation de ces hydrocarbures.



À l'heure actuelle, l'Agence américaine d'information sur l'Énergie (EIA) estime les réserves mondiales de ce type d'hydrocarbure à 200 billions de mètres cube de gaz de schiste, à 345 milliards de barils d'huile de schiste et à 3000 milliards de barils de schiste bitumineux. Bien que ces estimations fassent l'objet de réserves de la part de certains organismes comme l'Institut français du pétrole, ces chiffres donnent néanmoins une idée sur le potentiel que recèle la mise en exploitation de ces réserves d'hydrocarbures. Ainsi, les réserves de gaz et d'huile de schiste représenteraient respectivement 30 % et 10 % du total des stocks mondiaux de gaz naturel et de pétrole. En outre, les gisements de schiste bitumineux offriraient le double des capacités recensées des réserves de pétrole conventionnel, soit1300 milliards de barils.

 


Véritables pionniers dans l'exploitation intensive des hydrocarbures de schiste, les États-Unis couvrent près de 20 % de leurs besoins actuels en énergie grâce à ces combustibles fossiles. Selon l'Agence internationale de l'énergie ce pays devrait même devenir le premier producteur de gaz au monde d'ici 2017. Jusqu'à présent, cette place était détenue par la Fédération de Russie qui abrite plus de 20 % des réserves mondiales de gaz naturel. L'intensification de l'exploitation du gaz de schiste bouleverse donc l'hégémonie russe sur le marché mondial du gaz. Ainsi, la production de gaz de schiste aux États-Unis a permis à ce pays de diminuer de 32 % ses importations gazières tout en provoquant une stabilisation, sinon une légère baisse des cours mondiaux du marché du gaz.

 

En réalité, les administrations Bush et Obama ont développé depuis une dizaine d'années, une stratégie destinée à réduire la dépendance des États-Unis à l'égard du pétrole du Moyen-Orient. Cette stratégie repose surtout sur l'essor des ressources non-conventionnelles d'hydrocarbures même si Barack Obama y a adjoint le développement des énergies renouvelables. En fait, cette stratégie de sécurisation énergétique a pour but de désamorcer les risques de tensions avec les puissances émergentes. Ainsi, alors que la Chine est désormais le premier pays importateur de pétrole brut avec 6,5 millions de barils par jour, la croissance de sa consommation en énergie devrait encore tripler d'ici 2025. Cette situation pourrait donc alimenter  à moyen terme une concurrence internationale effrénée en ce qui concerne l'accès aux principaux gisements d'hydrocarbures.

 


Un essor qui menace la rente gazière de la Russie

 


Cette nouvelle donne sur l'échiquier international de l'énergie suscite l'inquiétude des autorités russes et des dirigeant de la firme Gazprom. Lors d'une conférence de presse donnée à New York au mois de février 2011, Alexandre Medvedev un des responsables de cette entreprise affirmait que :

 

«  Le développement du gaz de schiste en Amérique du Nord sera positif pour l'industrie du gaz dans le monde […] Mais si on le compare à la célèbre bulle internet, qui a explosé, nous savons combien de sociétés internet ont survécu et se développent avec succès aujourd'hui, a-t-il poursuivi. "La même chose pourrait arriver avec la bulle du gaz de schiste parce que les conditions économiques font que la production massive de gaz de schiste est impossible à des prix sous six à huit dollars par million de BTU. »

 

Ces positions ont depuis lors été renforcées par les propos d'Alexander Novak, le Ministre russe de l'énergie qui a déclaré le 16 octobre 2013 que, malgré ses importantes réserves de gaz de schiste, (8000 milliards de mètres cubes), la Russie ne comptait pas se lancer dans la production de cette source d'énergie : «  Nous avons beaucoup de gaz naturel, une production à échelle industrielle de gaz de schiste n'a donc pas de sens ».

 

Bien que la Russie a jusqu'à présent bénéficié d'une situation favorable sur le marché du gaz, la baisse de la demande européenne lors de la crise des années 2008 / 2009 et en 2012, ainsi que la concurrence de la Norvège ou de l'Algérie, laisse craindre à long terme une dépendance trop importante envers l'Europe. Face à cette situation, Gazprom entend réorienter une partie de sa production vers l'Asie. Pourtant, malgré la signature d'un accord avec la Chine en septembre 2013, la Russie risque de se retrouver dans une situation de concurrence avec les États-Unis sur les marchés asiatiques. En effet, afin d'exporter une partie de leur production de gaz de schiste, les grandes compagnies américaines projettent d'implanter des unités de liquéfaction de gaz sur la façade pacifique du pays.

 

Malgré la concurrence américaine, la diversification des débouchés gaziers de la Russie en Asie devrait permettre à ce pays de réduire sa dépendance vis-à-vis de ses clients européens. De surcroît, cela lui permettrait de renforcer le poids de ses exportations de gaz en tant que levier de puissance. Ainsi, les Européens ont déjà pu mesurer le potentiel de nuisance de « l'arme gazière » russe lors des crises qui ont opposé Moscou à l'Ukraine en 2006 et en 2009. Cependant, une exploitation massive du gaz de schiste en Europe pourrait, à terme, neutraliser la stratégie déployée par les Russes pour conserver un ascendant sur la dépendance énergétique du Vieux Continent.

 


L' Europe : un géant de l'énergie en devenir ?

 


L' Europe est actuellement dans une situation de dépendance énergétique qui ne cesse d'augmenter. Son état de sujétion à l'égard des hydrocarbures atteint le chiffre de 85 %  pour le pétrole, de 60,5 % pour le gaz naturel et de 58,5 % pour la houille. Pourtant malgré la construction de nouvelles centrales nucléaires en France, en Finlande et au Royaume-Uni, le Vieux Continent reste réticent à relancer cette source d'énergie depuis l'accident nucléaire de Fukushima.

 

En outre, le choix de l'énergie atomique implique aussi la question de l'approvisionnement en uranium pour les États utilisateurs. Ainsi l'Europe est dépendante de fournisseurs aussi divers que le Canada, qui détient 9 % des réserves mondiales, les États-Unis (4%) l'Australie (31%), la Russie (9%), le Kazakhstan (12 %), l'Ouzbékistan (2%) le  Niger (5%), la Namibie (5 %) et l'Afrique du Sud (4 %). Or, la concurrence pour l'accès à cette ressource et l'instabilité de certaines régions du monde peut menacer les approvisionnements européens. Ainsi, la présence de groupes djihadistes dans le Sahel a forcé la France à déclencher une intervention militaire au Mali afin de sécuriser les mines d'uranium exploitées par AREVA au Niger.

 

Dans un autre domaine, le recours aux énergies renouvelables, qui est promu par la Commission européenne, implique des technologies de pointe qui requièrent l'utilisation des « terres rares ». Cependant, 95 % de la production mondiale de ces métaux est assurée par la Chine qui édicte des restrictions sur ses quotas d'exportation. En l'absence de solutions alternatives d'importation ou de substitution, le développement du secteur européen des énergies vertes se trouve, à long terme, dans une situation de vulnérabilité. De surcroît, l'extraction et la transformation de ces métaux engendrent d'importants dégâts sur l'environnement. Ainsi, le 17 mai 2013, le quotidien suisse Le Temps, révélait que le Rhin était pollué par certaines de ces substances issues des rejets de l'industrie allemande.

 

Confrontés au problème de la dépendance énergétique, certains pays européens envisagent d'exploiter les hydrocarbures de schiste présents sur leur territoire. En effet, selon les estimations du Cambridge Energy Research Associate, le sous-sol du Vieux Continent recèlerait entre 3000 et 12 000 milliards de mètres cubes, bien que les gisements les plus importants se situent en France, en Pologne. De ce fait, la Pologne est devenu le premier pays européen à autoriser l'extraction du gaz de schiste. En réalité, ce pays voit dans cette ressource le moyen de contrer sa dépendance à l'égard de la Russie. Pourtant, la Pologne n'est pas isolée car d'autres nations européennes, à l'instar de la Hongrie ou de la Grande Bretagne, semblent lui emboîter le pas.

 

Face à ce potentiel énergétique et économique, l'Europe et en particulier la France, se trouvent confrontées à un dilemme. Effectivement, les effets environnementaux liées à l'exploitation des hydrocarbures de schiste font l'objet de vives contestations qui alimentent une véritable « guerre de l'information ».

 

 

Le gaz de schiste au coeur d'une guerre de l'information
 


Une contestation qui se mondialise:

 


  L'exploitation du gaz de schiste constitue-t-elle une révolution énergétique ? Si les lobbies pétroliers et industriels la considère comme telle aux États-Unis, en raison de ses effets sur la croissance du pays, l'extraction de cette ressource suscite pourtant de nombreuses interrogations. En Amérique du Nord,  certains riverains des sites d'exploitation ainsi que des militants écologistes tiennent des propos alarmistes sur les conséquences environnementales liées à l'extraction de cette ressource. D'abord le fait d'individus isolés et de collectifs de citoyens organisés à l'échelle locale, cette contestation a pris une ampleur inédite avec la sortie du documentaire Gasland en 2010.

 

En réalité, les critiques des opposants au gaz de schiste se concentrent surtout sur la technique de la fracturation hydraulique. Cette méthode consiste à récupérer du pétrole et du gaz non conventionnels, en injectant dans un puits près de 20 000 mètres cubes d'eau auxquels on adjoint des produits chimiques. Pourtant, les conséquences écologiques de cette technique sont multiples. En premier lieu, la fracturation hydraulique est consommatrice en eau et peut provoquer, localement, des  sécheresses artificielles ainsi que des tensions quant à la répartition des ressources hydriques. En outre, lorsqu'il est mal réalisé, le traitement de l'eau utilisée lors de l'extraction peut engendrer une pollution des nappes phréatiques. De même, dans certaines conditions l'extraction du gaz de schiste provoque parfois une contamination des eaux par une concentration anormale de méthane.

 


Toutefois, les contestations liées à l'exploitation de ces hydrocarbures ne se limitent à la dénonciation des effets écologiques et sanitaires issus de leur extraction. En effet, les opposants à ces sources d'énergie récusent aussi les arguments économiques avancés par les compagnies du secteur pétrolier et gazier pour justifier la réalisation de forages.



Effectivement, les lobbies pro-gaz de schiste avancent le fait qu'aux États-Unis, cette activité soutient plus d'un million d'emplois et a rapporté 75 milliards de dollars de recettes fiscales en 2012. Selon ces groupes de pression, la mise sur le marché d'abondantes quantités de gaz aurait permis à l'industrie étasunienne de connaître un regain de compétitivité. Ainsi, le cabinet d'étude américain IHS prévoit que plus de 2 millions d'emplois supplémentaires devraient dépendre du secteur des hydrocarbures non-conventionnels d'ici 2035. Par ailleurs, l'exploitation du gaz de schiste devrait aussi contribuer au PIB des États-Unis à une hauteur de 475 milliards de dollars.



Face à ce qui est présenté comme un véritable miracle économique, les opposants au gaz de schiste soulignent l'incompatibilité de l'exploitation de cette source d'énergie avec les principes d'une économie durable. En réalité, l'extraction de ce combustible fossile peut générer à long terme des déséconomies importantes en raison de ses impacts environnementaux et sanitaires. De surcroît, selon certains experts, comme le britannique David King, les puits de gaz de schiste connaissent une diminution de leur rendement de l'ordre de 60 à 90 % au terme de leur première année d'exploitation.

 

Pour compenser ce phénomène, les grandes compagnies sont donc obligées d'investir des sommes colossales dans l'ouverture de nouveaux forages pour conserver une production de gaz constante à destination des marchés. Si ce processus a engendré une baisse spectaculaire du prix du gaz naturel aux États-Unis, de 7 à 8 $ par million de tonnes de BTU en 2008 à 3 $ en 2012, cela nuit aux intérêts des compagnies gazières et pétrolières.  Celles-ci voient leurs  bénéfices s'effondrer alors qu'elles accumulent les dépenses pour ouvrir de nouveaux puits et qu'elles doivent aussi satisfaire leurs actionnaires. Ces compagnies réalisent que l'exploitation du gaz de schiste n'est pas aussi rentable et facile que ce qu'elles avaient envisagées. À ce propos  Rex Tillerson, le Pdg d'Exxon Mobil, a même affirmé lors d'un entretien publié dans le Wall Street Journal que l' « On est tous en train d'y laisser notre chemise. On ne gagne plus d'argent. Tout est dans le rouge».

 

L'existence d'une bulle spéculative autour de ce combustible non-conventionnel risque donc de compromettre la pérennité de son exploitation. Effectivement, les producteurs de gaz ont dépensé des sommes d'argent supérieures à leurs fonds propres pour mettre en œuvre leurs programmes d'extraction. Reposant au départ sur des données limitées ou erronées, leur stratégie risque de les mener dans une impasse. Afin de compenser leurs dettes, les compagnies ont besoin d'un prix de mise sur le marché qui devrait être le double de ce qu'il est actuellement en le portant à 7,5 $ ou 8 $. Or, la vente du gaz de schiste à un tel prix ne le rendrait plus compétitif. Réalisant que la demande s'effondre et que les bénéfices ne sont pas au rendez-vous, les investisseurs liquideraient massivement leurs actifs financiers ce qui mettrait un terme à la bulle spéculative du gaz de schiste.

 

Le miracle économique du gaz de schiste aux États-Unis demande à être examiné avec attention. Au-delà des conséquences environnementales et sanitaires liées à l'extraction de ce combustible fossile, se pose la question de la viabilité de son exploitation. Les mouvements anti-gaz de schiste soulignent ainsi que les sommes investies dans l'extraction de cette ressource retardent la transition vers une économie post-pétrolière.

 


La situation de la France

 


D'après les estimations de l'AIE, le gaz représente près de 15 % de la consommation totale d'énergie en France. Alors qu'actuellement la quasi-totalité de cette ressource est importée, ce pays disposerait des réserves de gaz de schiste les plus importantes d'Europe selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie. Bien que ces chiffres fassent l'objet d'une remise en cause quant à la façon dont ils ont été évalués, un rapport du Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) et du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) estime toutefois à 500 milliards de mètres cubes les réserves de gaz de schiste pouvant être exploitées dans le Sud-Est de la France.

 

Pourtant, alors que le pays connaît une perte de compétitivité et que son déficit commercial de ne cesse de se creuser, la France a fait le choix d'interdire en 2011 la technique de la fracturation hydraulique à propos de la recherche et  de l'exploitation des gisements du gaz de schiste. Confirmée en octobre 2013 par le Conseil constitutionnel, à la suite de l'appel de la firme texane Schuepbach Energy, qui contestait la légalité de l'abrogation de ses permis d'exploration, ce jugement confirme le rejet actuel de ce combustible fossile en France.

 

 

La France est ainsi devenue avec la Bulgarie, l'un des premiers pays à interdire l'exploitation du gaz de schiste sur le Vieux Continent. Néanmoins, les partisans de l'usage de ce combustible fossile affirme que cette décision est une erreur qui entrave la relance économique. Ils avancent ainsi que cette interdiction est dommageable car l'extraction du gaz de schiste serait susceptible de rapporter plus de 3 milliards d'euros de gains par an, de créer des milliers d'emplois et d'assurer l'équivalent de dix années complètes de consommation d'énergie.

 

De surcroît, les lobbys qui plaident en faveur de l'extraction du gaz de schiste en France soulignent l'ambivalence de la loi de 2011 qui interdit l'utilisation de la fracturation hydraulique. En effet, alors que cette méthode est présentée comme un danger pour l'environnement, cette interdiction ne concerne pas le domaine de la géothermie où elle continue à être utilisée. À l'inverse, les collectifs  d'opposition au gaz de schiste insistent sur le fait qu'il faut utiliser deux terminologies différentes selon que cette technique est utilisée pour extraire du gaz de schiste (Shale gas fracking ou SGF) ou pour capter la chaleur terrestre (Enhanced geothermal system ou EGS). 

 

En réalité, l'utilisation de la fracturation hydraulique présente dans le cas de l'extraction de gaz de schiste, des risques de pollution chimique des ressources hydriques qui ne se posent pas dans le cas d'un forage destiné à la géothermie. Contrairement aux pratiques présidant à l'exploitation de cette ressource aux États-Unis, les normes écologiques liées à l'extraction des hydrocarbures en France sont plus exigeantes.  Dans ce fait réside une des limites principales de l'argumentaire utilisé par les partisans de l'exploitation de cette source d'énergie.

 

En effet, aux États-Unis, l'extraction à grande échelle du gaz de schiste a été soutenue par un véritable dumping environnemental. Des normes écologiques peu contraignantes garantissent des coûts de production peu élevés et la rentabilité de cette activité. Produit en France avec des normes écologiques plus drastiques, le gaz de schiste aurait un coût plus élevé de 50 à 100 % par rapport aux marchés nord-américains.


 
Le contexte juridique américain est aussi favorable au secteur pétrolier et gazier dans la mesure où aux États-Unis, un propriétaire possède aussi ce qui se trouve dans le sous-sol de sa parcelle. L'administration américaine délivre donc facilement des permis de forage et d'exploitation alors qu'en France, l' État est le seul propriétaire des ressources souterraines.

 

L'interdiction de l'exploitation du gaz de schiste en France s'explique aussi par d'autres raisons.
En premier lieu, le débat sur l'exploitation de cette source d'énergie est survenu dans un contexte  marqué par la campagne électorale des élections présidentielles de l'année 2012. Durant cette période, la médiatisation des arguments véhiculés par les groupes d'opposition au gaz de schiste ont obligé les différentes forces politiques à se prononcer sur l'opportunité de l'extraction de cette ressource.

 

À cette occasion, le gouvernement Fillon a fait voter la loi n°2011-835 du 13 juillet 2011 qui interdit l'usage de la fracturation hydraulique dans la recherche et l'exploitation du gaz de schiste. De même, le Parti socialiste tout comme Europe Écologie les Verts et les autres partis politiques de gauche se sont prononcés contre cette source d'énergie. Au lendemain de son élection, le président de la République, François Hollande a confirmé son opposition à l'exploitation de ce combustible fossile.

 

Alors que la France connaît une situation économique difficile, le gouvernement Ayrault n'a pas changé de ligne de conduite quant à l'exploitation de cette ressource. Sur le plan politique, cette situation s'explique par l'alliance que le Parti socialiste a noué avec Europe Écologie les Verts depuis les campagnes présidentielles et législatives de 2012. Devenu un véritable partenariat après la victoire du PS et la formation d'un groupe parlementaire de dix-sept écologistes, les socialistes ne peuvent se permettre de perdre un allié précieux à un moment où la popularité de François Hollande et du gouvernement Ayrault sont au plus bas.

 

Enfin, si le débat sur le gaz de schiste porte sur les conséquences écologiques de son extraction, l'interdiction de la fracturation hydraulique peut constituer malgré tout une opportunité pour les firmes françaises. Effectivement, TOTAL, GDF Suez et VALLOUREC s'impliquent dans l'exploitation de cette ressource dans des pays aussi divers que la Grande Bretagne, l'Allemagne, la Pologne, le Brésil, l'Algérie, la Chine et l'Argentine.

 

Le savoir-faire que ces entreprise vont acquérir à l'étranger peuvent leur permettre de développer un mode d'extraction plus propre que les techniques actuellement mises en œuvre. De nombreuses expériences visent ainsi à remplacer l'eau par un autre liquide, un gel ou encore un gaz comme l'hélium. La difficulté majeure consiste à faire en sorte que ces techniques soient rentables et que les gisements puissent être exploités dans des conditions écologiques satisfaisantes.

 

 

Un choix énergétique à l'avenir incertain

 


Tandis que certains États comme l'Argentine ou la Pologne sont tentés d'imiter les États-Unis en se lançant dans une exploitation massive du gaz de schiste, cet hydrocarbure est plus que jamais source de nombreuses polémiques. Aux inquiétudes exprimées à propos des conséquences écologiques et sanitaires liées à l'extraction de cette ressource s'opposent des arguments de nature  économique et stratégique.



Sur le plan géopolitique, l'intensification de l'exploitation de ce combustible à l'échelle mondiale serait en mesure de contrebalancer l'influence des grands  producteurs de gaz, à l'image de la Russie ou des pays du Golfe. Il n'est donc pas étonnant que le film de Gus Van Sant, Promised land ait été en partie financé par la société de production émiratie Image Nation Abu Dhabi.


Pourtant, si le miracle américain  du gaz de schiste s'appuie sur un modèle d'extraction qui n'est pas reproductible en Europe, l'interdiction de l'exploitation de ce combustible fossile en France n'a pas mis un terme aux débats. À contre-pied des positions exprimées par François Hollande et le gouvernement, un rapport parlementaire, rendu public le 27 novembre 2013, se positionne en faveur de l'exploitation des gaz non conventionnels grâce au recours à des techniques alternatives.

 

Pour certains parlementaires, comme le socialiste Christian Bataille ou le sénateur UMP Jean-Claude Lenoir, il « s'agit d'assurer notre sécurité d'approvisionnement, de réduire notre dépendance énergétique et de stimuler notre croissance économique. ».  À moyen terme, la possibilité d'exploiter les gisements de gaz de schiste ne pourra donc résulter que d'un compromis entre la prise en compte des préoccupations environnementales et la satisfaction des intérêts économiques et stratégiques du pays.

 

                 
                 Alexandre Depont.

 


 

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