La Paz, une capitale au sommet

Perchée dans la cordillère des Andes, la capitale bolivienne surprend et interroge. Haute en couleurs, cette cité tentaculaire vous hâpe comme un boa gigantesque. La Paz est surtout marquée par un passé colonial riche et une culture indigène forte, dont résulte directement son caractère.


Emblème d’une civilisation renaissante, elle offre au regard extérieur des coutumes et un folklore tout à fait singuliers, à mille lieues du discount exotique. En clair, La Paz est un bastion d'authenticité sud-américaine bien tangible. Par ailleurs, toute une série de paradoxes et de records déroutants caractérisent également cette mégalopole. Plongeons dans le cœur du plus indien des pays d’Amérique latine…


Fondée par des conquistadors espagnols en 1548, la ville se situe aux confins de l’Amérique du sud. Elle trône majestueusement dans les cimes de la cordillère des Andes. Cette immense et imposante chaîne de montagne domine la quasi-totalité du continent. Plusieurs siècles de colonisation vont la façonner en une mosaïque ethnique et culturelle stupéfiante. Cependant, la proportion d’indigènes est écrasante. On y trouve principalement deux communautés : aymara et quechua. Toutefois l’éventail s’étend bien au-delà. Des citadins afro-boliviens, métis, et même blancs peuvent aussi s’y côtoyer.

 


Une arrivée périlleuse

 


C’est par un bus que j’arrive. La frontière péruvienne est à seulement quelques dizaines de kilomètres de là. Je reviens d’une expédition sur le plus haut lac navigable au monde : le lac Titicaca. Il est partagé entre la Bolivie et le Pérou. Les routes qui mènent à La Paz serpentent. Le danger est partout. Nous sommes facilement à plus de 3500m au-dessus du niveau de la mer. Les éboulements sont fréquents. Les ravins paraissent profonds, impression dantesque. La vétusté des véhicules interdit catégoriquement toute imprudence. Et même en roulant doucement, la peur reste omniprésente à la vue des précipices. Je n’en mène pas large… Terrifié, je me crois seul à claquer des dents. Cependant, en jetant furtivement un œil derrière moi, j’entrevois la face livide d’un autre touriste étranger…

 

 

Nous n’avons décidément pas l’ADN local pour supporter les aléas du trajet. Je me sens du coup un peu moins seul, mais pas rassuré pour autant. Le trajet me semble long, voire interminable. Au détour d’un chemin particulièrement escarpé, je retiens une fois de plus ma respiration. La mort paraît nous guetter à chaque virage. Soudain, la nuit tombe.

Au loin, on aperçoit enfin La Paz. Je suis subjugué. Aussi, je me demande comme une jeune fille si je ne suis pas plongé dans un rêve. Tendre sentimentalité. Petites rosaces fleuries sur fond de porcelaine : je suis l’Occident.

Sous mes yeux, une constellation de lumières qui scintillent, éparpillées sur le flanc d’une montagne. Ce spectacle langoureux attendrit encore un peu plus ma chair délicate. L’instant est magique, ma rétine s’humidifie dangereusement.


Pourtant, je suis à moitié goguenard. Pourquoi ? Car l’altitude m’a réservé une mauvaise surprise : le manque d’oxygène, évidemment. Plus on monte, plus il se fait difficile de respirer… Et c’est au tour du froid de s’inviter dans le bus. A cette heure vespérale, il est glacial. Quant au chauffage, il ne marche tout simplement pas. Une fois arrivés à la gare routière, nous sommes accueillis par une petite troupe de policiers. C’est la « police touristique ». Des anges tombés du ciel. Ils nous donnent des informations précieuses concernant les zones à éviter de nuit. Un touriste averti en vaut deux !

 


La Paz : capitale de l’improbable

 


Tout est possible à La Paz :


Prenons le cas du football: ordinairement, l’équipe nationale de Bolivie pâtit d'une réputation médiocre. Elle a pourtant récemment ridiculisé une des meilleures équipes au monde, celle d’Argentine. Le score de 6 à 1 en faveur des boliviens, sans appel, mérite les annales. Comment cet exploit fut-il possible? Tout simplement grâce à un allié de poids, l’altitude. En effet, le mal d’altitude aigu fait des ravages chez les joueurs étrangers non accoutumés. Le manque de globules rouges leur est fatal. La partie se transforme alors pour eux en vrai cauchemar.

 


Sensation forte garantie : la balade à vélo… sur la route considérée comme la plus dangereuse au monde : « El camino de la muerte », littéralement la route de la mort. Dans les années 1990, on estime que 200 à 300 voyageurs se sont tués chaque année. Son lacis de quelques 60 km relie La Paz à la ville de Coroico : une descente aux enfers de 4 heures, ponctuée par de nombreuses montées d’adrénaline. Des frayeurs exacerbées à la vue des ravins abrupts. A certains endroits, on peut observer jusqu’à 800 mètres de tombées à pic …

 

Passons aux choses sérieuses. Allons assister à un combat de catch. Mais pas n’importe lequel : un pugilat entre femmes ! Les lutteuses sont des « cholitas », des femmes habillées en costumes traditionnels andins. Ces gladiatrices paysannes des temps modernes suscitent une passion grandissante en Bolivie. Elles s’affrontent vaillamment dans des petits hangars qui sont en fait des gymnases, devant un public déchaîné. Elles assurent un spectacle électrique dans une ambiance survoltée. Comme chez le grand frère nord-américain, les coups sont simulés, mais parfois, certaines cholitas semblent se laisser aller.

 

Si vous croisez dans les rues de La Paz une indienne coiffée d’un chapeau rond, prenez garde. Cette femme vêtue à la manière traditionnelle des gens de l'altiplano cache peut être bien son jeu… Ce pourrait être une simple vendeuse de maïs… mais Vous pourriez découvrir à vos dépens que vous êtes en face de la championne de catch de La Paz…

 

Apres autant d’émotions, je repars de la capitale bolivienne en avion. Plus rapide, et surtout plus sûr. Direction l’aéroport d’ « El Alto », le plus haut du monde, a près de 4000 mètres de hauteur. Une dernière surprise m’attend à l’embarquement. Je pense tomber nez à nez avec l’équipe du tournage de "la petite maison dans la prairie". En fait non, ce ne sont que quelques Amish ayant émigrés en Amerique du Sud voici près de deux siècles, pour y vivre selon leurs coutumes champêtres. Ce sont en réalité des mennonites, pour être exact. Ils appartiennent à un mouvement religieux issu de la réforme protestante, fondé au XVIeme siècle. Étonné, voire stupéfié, c’est sur cette image inattendue que je quitterai la Bolivie : celle de la famille de Charles Ingalls…

 

Jérémie Dardy.
 

 


 

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