Depuis quelques décennies, l’étoffe de la scène intellectuelle française s’est considérablement dégradée. Définitivement enterrée, la génération fascinante des Foucault, Sartre et autres grands pervers maoïstes ; de gigantesques cons certes, mais des cons de génie, dont les erreurs avaient au moins le goût de l’enthousiasme et de l’audace… Souvenons-nous, Foucault applaudissant sans réserve l’avènement de la Révolution islamique en Iran ; rappelons-nous de Sartre, encourageant le meurtre des Français en Afrique.
Ah, les sixties, les seventies… époques fantasmatiques, joyeuses et bouillonnantes ; c’était le temps des charnières, prometteur et sulfureux. La France commençait tout juste à se métisser, les jeunes découvraient massivement le monde des études supérieures… Les campagnes se vidaient, les villes s’enhardissaient. On devinait de grands changements prochains.
Et puis paf. La claque. Plus rien. Néant. Foucault meurt du sida, BHL apparaît, le Parti socialiste met sur les rails le Front National, puis SOS Racisme… le pays sombre dans la crise, mentale, économique, idéologique. Les sociologues remplacent les historiens, les intellectuels mondanisés érigent le fascisme en idole sémantique indépassable, on commence à conceptualiser une sorte de nazisme de l’intérieur, on hystérise les consciences en appelant à la Résistance à ce que l’on attise inconsciemment soi-même. L’émission Apostrophes disparaît des écrans, la Télé-réalité surgit, la religion revient, déculturée, évidée de l’intérieur.
Infantilisme doctoral
Les médias se renforcent, informant, conformant, déformant les Français. Le sens critique agonise, le cinéma s’américanise. Les intellectuels perpétuent les guerres idéologiques de leurs devanciers en perdant au passage toute trace de génie brut. Le mur de Berlin s’écroule, l’URSS n’est plus. Temps de marasme. On revient des grandes illusions du passé pour en retrouver de nouvelles, toujours fécondes, toujours avenantes. Les grandes figures de gauche abandonnent l’ouvrier, courent derrière le Français basané que le cœur assimile inconsciemment à l’immigré, à l’étranger, à l’Autre.
On racialise le prolétariat, les exploiteurs. On abrutifie les consciences en dévaluant le raisonnement au profit de l’émotionnel altéritaire. Tout sombre dans la mascarade. On nourrit Le Pen en le vomissant ; on s’indigne narcissiquement sur les grands sujets compliqués. On assassine la nuance, et on en vient à raisonner comme des enfants de cinq ans : le temps de la pédosophie apparaît.
Aux chiottes, les grands devanciers. Tout, dans le monde intellectuel, n’est plus que progressisme ou conservatisme, tolérance ou intolérance. Le monde se binarise afin que les spectateurs décérébrés puissent suivre quelque chose. Les grands thèmes politiques et sociétaux tombent sous l’emprise de la facilité, du gatisme moral :
si la France est en crise, eh bien c’est simple, il suffit d’augmenter les impôt, pour que l’on puisse donner aux pauvres un peu de l’argent des riches (joyeux dispositif à somme nulle) ; s’il y a du chômage, eh bien c’est évident, il faut rendre impossible les licenciements dans les entreprises (mais la fluidité de l’embauche perdurera-t-elle alors ?) ; concernant le logement, ben c’est simple, suffit d’obliger les propriétaires à ne pas virer les locataires (mais ne prépare-t-on pas dès lors le terrain à la discrimination préventive ?) ; concernant l’insécurité, il ne s’agit que d’un fantasme (et paf… Le Pen au deuxième tour)… Révision de copie : la violence devient un appel à l’aide envers une société inégalitaire (et les victimes concrètes deviennent des préoccupations de seconde zone qui commencent à lorgner sur les vitrines des armureries)…
Nice, Marseille, on connaît la suite…
Bienvenue dans le monde des pédosophes, ces philosophes hyper-médiatiques qui offrent aux masses décervelées une sagesse, une logique d’enfants de cinq ans.
Pierre-André Bizien
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