A propos du communautarisme

   

On a prêté à de Gaulle cette parole : "Les français ont la mémoire courte". Je crois que cette phrase devenue célèbre est bien vraie. En ce moment chaque manifestation de musulmans soulève l’indignation et relance le débat. Les musulmans, dit-on, doivent se fondre dans la masse et se  soumettre aux lois laïques de la République française. 


Beaucoup  de  gens (dont une part importante penche vers les thèses d’extrême droite) pensent que cette solution est la bonne. L’inconnu leur fait peur ! Deux cultures s’opposent ici. La nouvelle charte de la laïcité ne fait que relancer le débat ! Quelles sont nos connaissances des autres cultures ? Ne méprisons-nous pas sans savoir ce qui nous est "étranger" ?

 

Imaginez que des provocateurs mettent dans certaines banlieues des banderoles qui diraient "Ici, vous entrez en terre d’Islam". Vous voyez le tollé et l’indignation qui saisiraient l’ensemble de la population. Ou bien si brusquement le gouvernement français décidait de vendre Notre-Dame-de-Paris à un pays du Golfe et que celui-ci  allait la transformer en mosquée, la Mosquée "Lala Meriem". Pourtant les français faisaient  de même en Algérie comme si cela allait de soi.


Je me souviens de mon arrivée dans le port de Mers El Kébir, pendant la guerre d’Algérie. Je pouvais lire écrit en grosses lettres sur les quais de ce port : "Ici, la France". Et la mosquée Ketchawa n’avait-elle pas été transformée en cathédrale à Alger même ? Quelle belle utopie que l’on continuait à propager alors que l’OAS mettait l’Algérie à feu et à sang.


Nous avons beaucoup de sympathie pour le petit peuple des Pieds Noirs, mais la France n’a-t-elle pas favorisé le communautarisme de cette population ? On vivait "entre soi" et les maghrébins étaient ignorés, voire méprisés.


On a bien essayé, sur la fin, d’en faire des français : il y avait les FSE (Français de souche Européenne) et les FSNA (Français de Souche Nord-Africaine), c’était un rêve, c’était trop tard. Je me souviens des paroles d’un habitant d’une petite ville d’Oranie ; je lui demandais combien la ville dans laquelle je me trouvais comptait d’habitants (c’était La Moricière). Il me répondit "Oh, environ 200"… Or je sais qu’il y avait un peu plus de 6.000 personnes dans cette bourgade. Il ne considérait donc comme êtres humains seulement les Européens présents.


On fait le procès de gens qui ont le tort d’être d’une autre culture, d’une autre religion, et qui protestent du sort qui leur est fait. On les a fait venir car ils servaient l’économie de la France et personne n’y trouvait à redire. Certes, je réprouve les actes de violence que des activistes musulmans commettent (tout comme l’OAS a pu le faire). On essaie de creuser le fossé et de rendre inconciliables ces deux populations, qui depuis si longtemps se côtoient simplement. 

 

Est-ce toujours la loi du plus fort qui doit primer ? Nos mœurs occidentales sont-elles donc sans reproches pour que l’on veuille ainsi les imposer ? Je ne crois pas qu’avec des propos simplistes et souvent électoralistes on puisse résoudre le problème. Les gens qui mettent de l’huile sur le feu oublient simplement cette parole de l’Evangile :

 

 Ne regarde pas la paille dans l’œil de ton voisin mais  la poutre qui est dans le tien »

 

Je croyais que la France avait hérité d’une culture chrétienne ? J’ai dû me tromper, ou bien je crois de plus en plus de Gaulle : « Les français ont la mémoire courte » !

 

Certes, il est difficile de comprendre la culture de l’autre, mais si on ne considère pas l’être humain comme crée par Dieu comme nous-mêmes, Je dis que c’est une régression. Les "bons chrétiens" qui défendent une soi-disant civilisation chrétienne feraient bien de s’en souvenir et d’appliquer dès maintenant ce que le Christ leur a enseigné.  

 

Bernard Vignot
 

 


 

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