Le génocide Khmer au Cambodge. Chiffres, témoignages, nombre de morts

 

Nombre de victimes du génocide. Chiffres comparatifs

 

-Génocide Khmer du Cambodge: 1,7 à 2 millions de morts (entre 1/4 et 1/5 de la population décimée)

 

-Génocide arménien: 1,5 million de morts

 

-Génocide juif: 6 millions de morts

                       

Criminels Khmers en procès


Chum Mey, survivant du génocide, se rappelle tout spécialement de l'horreur des tortures:

 

"(...) les coups de canne c’était tous les jours. (…) Mais comme je donnais toujours la même réponse que je ne connaissais pas la CIA et le KGB, ils ont pris des pinces pour arracher mes ongles de pied." (Source: proceskhmersrouges.net)

 

Lui et des centaines de milliers de Cambodgiens eurent à subir ce type d'horreur, pendant des mois. Le procès des anciens dirigeants khmers rouges – dont le régime extermina près de deux millions de personnes entre 1975 et 1979 – parviendra-t-il un jour à son terme? La question peut effectivement se poser. Depuis des années, le tribunal fait face à une multitude de problèmes, notamment diplomatiques et financiers. La mort de Ieng Sary, l'un des principaux accusés, le 14 mars 2013, vient complexifier un peu plus encore l’infernal écheveau judiciaire.

 

Sary était une figure emblématique du régime marxiste totalitaire cambodgien ; il était jugé pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Dorénavant, il ne reste plus que deux derniers accusés, octogénaires ; leur  santé, de plus en plus fragile, ne permettra probablement pas de poursuivre les audiences très longtemps encore ; rappelons-nous que l’une des prévenus , Ieng Thirith, a été libérée en septembre 2012 pour cause de démence.

 

Rappels historiques

 

Le Cambodge, ancien protectorat français intégré à l'Indochine, est devenu indépendant le 9 novembre 1953.Cependant, la souveraineté du nouvel État n’a été internationalement reconnue qu'en 1954, lors de la conférence de Genève. Le pays devient alors une monarchie constitutionnelle dirigée par le roi Norodom Sihanouk. Il est toujours resté neutre vis-à-vis de la guerre du Viêt Nam ; cependant, dès 1966, les autorités locales ne s'opposent pas au transit sur leur territoire de troupes et de matériel en provenance du Nord Viêt Nam et à destination des Viêt Cong, farouchement anti-américain.

 

A partir de 1967, le Cambodge doit faire face à une insurrection fomentée par les Khmers rouges, des rebelles communistes d'inspiration maoïste ; en raison des tares économiques dont souffre son pays, Norodom Sihanouk doit se résoudre, afin de bénéficier d'une aide américaine, à confier la direction du gouvernement au général Lon Nol, farouche anti-communiste. Nous sommes en 1969.

Quelques mois plus tard le général renverse Sihanouk, alors en déplacement à l'étranger ; une république khmère pro-américaine est subitement instaurée. Les événements se précipitent alors et tournent très vite au tragique : les Khmers rouges de Pol Pot, soutenus par la République populaire de Chine, s'emparent de Phnom Penh à la mi-avril 1975 ;  ils y installent un régime autoritaire qui générera les crimes de masse que l’on connaît.

 

Des sorbonnards aux mains sanglantes

 

C'est donc dans un contexte nébuleux de guerre froide que les Khmers rouges ont pris le pouvoir, établissant un régime connu sous le nom de "Kampuchéa démocratique". L'Angkar padevat ("l'organisation révolutionnaire" en français), a établi une dictature d'une rare violence ; l’objectif était de créer une société communiste sans classes, purgée de l'influence capitaliste et coloniale occidentale, débarrassée de toute religion.


Le régime s'articulait autour de quelques personnages clés:


-En premier lieu, citons Saloth Sâr, plus connu sous le nom de Pol Pot ; il s’agit du "frère numéro 1",
qui était au sommet de la hiérarchie.


-Ensuite venait Nuon Chea, le "frère numéro 2", considéré comme l'idéologue du régime.


-Ieng Sary, l'ex ministre des affaires étrangères, était le "frère numéro 3".


-Iieng Thirith, qui occupa différents postes ministériels, belle-soeur du frère numéro 1 et du "frère numéro 3".


-Kang Kek Ieu, alias le sinistre Douch, directeur de la célèbre prison "S21".


-Ung Choeun, le "général Ta Mok", dit le "boucher".


-Son Sen, un temps ministre de la défense, et patron de la police secrète.

 

La plupart de ces personnes ont effectué leurs études supérieures à Paris, intégrant rapidement le Parti Communiste Français ; les idées anti-colonialialistes y étaient souveraines. C'est à cette même époque que certains d'entre eux font la connaissance de Jacques Vergès, célèbre avocat français, fils d'une mère vietnamienne, et d'un père réunionais ; bien entendu, des décennies plus tard, on retrouvera Vergès officier en tant qu’avocat des hauts dignitaires khmers rouges.


De tous ces sinistres personnages ayant pris part aux massacres orchestrés contre le peuple cambodgien, il ne reste plus que deux individus prévenus à ce jour. Les autres sont soit morts, soit reconnus inaptes à être jugés.

 

En août 1979, Pol Pot a été condamné à mort par contumace pour génocide, par les Vietnamiens… lesquels venaient alors de prendre la capitale cambodgienne. Pol Pot a toujours réussi à échapper à la sentence, et les vietnamiens ont quitté le pays en 1990. Il est décédé en 1998 sans s'être expliqué, tout comme le général Ta Mok, mort en 2006.

 

Ces disparitions ont privé les victimes du jugement de leurs bourreaux.
Voici pourquoi,  depuis la mort récente de Ieng Sary, les appels à accélérer les procédures pour les deux derniers accusés se sont multipliés.


Dans un récit terrible intitulé "Au-delà du ciel", Laurence Picq a mis à nu le système totalitaire. Mariée à l’époque à un responsable khmer rouge, Suong Sikoeun, cette Française a pu observer de l’intérieur la machine de mort :

 

Angkar utilisait la faim comme une arme. Sur les chantiers, les jeunes recevaient
une ration de nourriture par journée de travail, mais, s'ils tombaient malades, ils ne recevaient plus qu'un peu de bouillon clair, ce qui les incitait à travailler
jusqu'à l'épuisement. De temps en temps, à l'occasion d'un travail plus pénible, était organisée une distribution de bouillon sucré, dont l'effet non seulement
physique mais psychologique était considérable sur les corps affaiblis. La faim hantait toutes les pensées, mais on se culpabilisait de le reconnaître,
même intimement."

 

Plus loin, elle conclut par cette formule saisissante : "Je vivais dans l’antichambre de la mort".

 

Effectivement, l’épisode khmer regorge d’épisodes nauséeux. Ainsi lorsque , Ieng Sary, frère numéro 3, lance un appel aux intellectuels, diplomates, et étudiants partis pendant la guerre : "Revenez, le pays a besoin de vous". A leur retour, les naïfs seront exterminés en tant qu’intellectuels et bourgeois.

 

Une justice défaillante

 

Pour le moment, le tribunal n’a condamné qu'un seul homme, "Duch", le chef de la prison "S21". Des quelques 15 000 prisonniers passés par ce centre de détention, seulement sept ont survécu. "Duch", ex-professeur de mathématiques, avait été condamné en première instance à 30 ans de prison en juillet 2010 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, mais la chambre de la cour suprême du tribunal
a porté cette peine à "la prison à vie".

 

L’une des raison principales de la lenteur de la mise en place des procès réside dans la composition du gouvernement. En effet, ce dernier est constitué en majorité d'anciens khmers rouges ! Ainsi, l'actuel premier ministre, Hun Sen, est un ancien officier du mouvement qui s'est retourné contre le régime de Pol Pot.

 

Le fonctionnement de la Cour de justice est exécrable. L’ONU fait pression pour faire avancer le processus ; de leur côté, les juges cambodgiens se méfient de leurs homologues  occidentaux, avec lesquels ils doivent travailler. Les procureurs, les avocats, et les juges d'instruction, doivent travailler en binôme (un étranger avec un cambodgien). Dans les faits, cette coopération est largement défectueuse.


Ainsi, au cours de l'année 2009, le procureur canadien est parti après avoir rendu public son désaccord avec sa collègue Chea Leang. En 2010, c'est au tour du juge d'instruction français Marcel Lemonde de plier bagages, car son homologue local a refusé de signer la convocation à comparaître (en tant que témoins) de six hauts responsables du parti au pouvoir, dont deux ministres. On note aussi le départ du juge d'instruction allemand, Siegfried Blunk. Aussi, des pratiques de pots-de-vin sont à signaler, tout comme une grève récente du personnel cambodgien, dénonçant les mauvaises conditions de travail qu’il endure.

 

On connaît la formule de Staline:

La mort d'un homme est une tragédie. La mort d'un million d'hommes est une statistique."

 

Obscène vérité ; le génocide cambodgien a entraîné la mort de quelques deux millions de morts en moins de quatre ans (1975-1979). Ne les tuons pas une seconde fois via notre médiocrité.

 


Jérémie Dardy

 

 


 

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