Certains mauvais esprits pourraient être tentés de voir sur le drapeau américain une 51e étoile… celle de David. Aussi, la puissance du lobby juif, si influent outre-Atlantique, n’aurait d’égal que l’américanophilie passionnelle des Israéliens.
Comme nous le rappelle régulièrement l’actualité, l’aigle américain couvre de son aile protectrice l’état hébreu, il se porte garant de son intégrité. Une question cruciale se pose cependant : le yankee a-t-il toujours été le meilleur ami du Yiddish ? Pas tout à fait…
En vérité, ce sont les Soviétiques qui furent les premiers à reconnaître Israël de jure (soit une reconnaissance définitive et plénière), tandis qu’au même moment les Etats-Unis ne reconnaissaient que de facto le pays (c’est à dire de manière provisoire et limitée à certains rapports juridiques). Derrière ces arguties de droit international se cache la nature des rapports qu’entretiennent les deux superpuissances avec le nouvel état, lequel proclame son indépendance le 14 mai 1948. L’URSS accueille avec satisfaction la nouvelle.
En 1947 aux Nations-Unies, lors du débat portant sur l’adoption de la résolution 181 qui prévoyait le partage de la Palestine, le représentant soviétique Andrei Gromyko avait prononcé un discours ouvertement sioniste ; Moscou, pourtant, avait été longtemps hostile à ces projets. De fait, cette alliance improbable de la carpe juive et de l’ours russe s’explique par des facteurs géopolitiques et stratégiques. En ce début de Guerre Froide, Staline y voit l’opportunité d’évincer la puissance coloniale britannique de la région, ce qui renverserait l’équilibre des forces au Proche-Orient. Encore isolé sur la scène internationale, le petit père des peuples cherche en Israël un jeune allié socialiste.
Aussi ne se contente-t-il pas d’une simple reconnaissance juridique : il aide diplomatiquement, démographiquement et militairement le nouvel état, dont le premier ambassadeur à Moscou n’est autre que Golda Meir. La mécanique est enclenchée : des centaines de milliers de juifs des pays de l’Est émigrent en Israël ; lors de l’invasion arabe de 1948, et malgré l’embargo, les armes utilisées par Tsahal sont made in USSR et non made in US. Elles sont fournies via la Tchécoslovaquie. L’attitude des Etats-Unis est en comparaison beaucoup plus réservée.
Toutefois, la cause sioniste et l’Etat d’Israël jouissent d’un très fort sentiment de sympathie dans l’opinion publique et auprès du président Truman. L’administration américaine, elle, ne partage pas cet enthousiasme. Elle craint qu’une alliance trop appuyée avec Israël ne nuise à l’influence de Washington auprès des pays arabes ; dès lors la stratégie d’endiguement du communisme, en ce début de Guerre froide, pourrait être mise à mal par des rapprochements entre Moscou et certaines monarchies arabes de la région. Ceci explique la très grande mesure dont les Etats-Unis firent preuve à l’origine (la France en profita par ailleurs pour devenir l’allié stratégique et militaire d’Israël en ces premières années).
Un changement de situation intervint rapidement cependant ; dès 1949, Staline lance une vague de répression antisémite dans tout l’espace soviétique, ce qui entraîne la rupture des relations diplomatiques avec Tel Aviv en 1953. Parallèlement, le premier ministre israélien, David Ben Gourion, tourne le dos à l’URSS en soutenant Washington lors de la Guerre de Corée (1950-1953). L’alliance israélo-américaine commence alors à se dessiner concrètement, et subsistera comme on sait jusqu’à nos jours.
Auteur: Olivier Tosseri
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