GoConfess - la modernité de l'Eglise à quel prix?

 

Grâce à l’application numérique GoConfess, on peut désormais géolocaliser un prêtre à tout moment pour se confesser. Ça peut vous prendre comme une envie de pisser, ou de niquer, comme chez Tinder (cette application qui permet de se rencarder à tout moment entre inconnus consentants). Ici, bien entendu, l’objectif est plus sage, puisqu’il s’agit de faciliter la pratique de la confession (totalement désertée par les jeunes générations). Alors pourquoi pas, pourrait-on trancher, puisque qu’il s’agit là de pieux soucis. Et puis, après tout, n’est-il pas temps que l’Eglise se désencroûte un peu, qu’elle se modernise et qu’elle accepte le monde tel qu’il est… merde ?


Allons, soyons progressistes, offrons donc au profane une image du chrétien plus plaisante et branchée… conciliante ; après tout l’Evangile n’a rien de dramatique, puisque c’est une « bonne nouvelle »… venez comme vous êtes, ne débranchez pas les écrans, le virtuel est si prometteur en termes d’efficacité pratique.

 


La confession, un "outil moderne" ?

 


GoConfessApp est désormais disponible sur Apple Store et Android. Son fondateur, Tanguy Levesque, affirme posément :


« L’idée aujourd’hui, c’est vraiment de dépoussiérer cette image de la confession. La confession non c’est pas un truc de vieux ; la confession c’est un outil moderne » (Tanguy Levesque, vidéo présentation)


La confession, c’est "un outil moderne". Outil moderne... Sans sombrer dans l’esprit de système conservateur, il est légitime de s’interroger sur cette expression très évocatrice. En tant qu’outil, la confession serait-elle de l’ordre du fonctionnel ? Le pénitent, lui, aurait-il dès lors besoin d’un prestataire de service spirituel, d’un technicien du salut ? Soyons justes : en 1970, déjà, le grand Jacques Maritain lui-même s’était permis d’évoquer l’Eglise et son « personnel ». Une aigre polémique avait résulté de l’emploi de ce terme, et nous serions bien confus de prolonger le trait. Cependant, le fondateur de GoConfess est explicite :


« L’idée a germé d’un besoin vraiment personnel, qui était de recevoir le sacrement de réconciliation rapidement » (Tanguy Levesque, fondateur de GoConfess)


Recevoir le sacrement de réconciliation « rapidement ». C’est vrai, merde, parfois ça urge… on va quand-même pas faire les cent pas dans une église ! Ici et maintenant, sur le champ, après j’y penserai plus… Soyons sérieux : sans tomber dans la critique facile ou rageuse par principe, n’est-il pas légitime de s’interroger sur l’esprit de fond du projet ?
Il est facile, reconnaissons-le, de grommeler et de ne rien faire, de faire comme si l’Eglise n’était pas en situation d’hémorragie avancée. Parallèlement, est-il légitime de piétiner gratuitement le travail difficile de jeunes entrepreneurs engagés, pleins de bonne volonté ? La question se pose effectivement ; cependant, il est tout aussi nécessaire de nous méfier du vieil adage « la fin justifie les moyens ».


L’impression de malaise s’accentue lorsqu’on découvre la justification rhétorique de la médiasphère catholique à cette application numérique. Ainsi, sur le site de la chaîne de télévision KTO, on la présente avec cet enthousiasme innocent :

 


« GoConfess, c'est quoi ?
- Une application de mise en relation entre un pénitent et un prêtre
- Une plateforme qui facilite le lien entre l'Offre de confession avec la Demande de confession » (KTO)

 


Oui, lecteur, tu lis bien : entre « l’Offre et la Demande… de confession ». Simple maladresse ? Allons donc... Inconsciemment, on finit par aligner sur les valeurs du libéralisme et du capitalisme mondialisés des principes et des traditions qui permettent justement de s’en extraire… de respirer quelques instants hors de ce magma étouffant du profane déspiritualisé. Sans sombrer dans l’intolérance, on peut s’interroger sur les implications indirectes, sur le long terme, de ce type de nouveautés.

 

A première vue, tout est chouette. Avec un peu de recul, on peut craindre le risque d’une certaine ubérisation de l’Eglise, de son rôle et de son sérieux. La technologie est une bonne chose lorsqu’elle permet aux hommes de se rapprocher sur le long terme. Il n’est que de voir l’influence des réseaux sociaux sur la collectivité pour constater l’ambivalence du rapprochement impliqué.
Bonne chance à Tanguy cependant, qui est un créateur. Moi je vous laisse, j’ai une After de funérailles.

 

Pierre-André Bizien

 


Pour aller plus loin :


Présentation de GoConfess par Tanguy Levesque et François Pinsac

 


 

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