Alain Soral, les juifs et la question antisémite

 

Alain Soral est-il antisémite ? C’est la question à mille francs, qui bourdonne depuis beau temps dans les salons. Qu’en est-il concrètement ? Au-delà des prises de position passionnelles, en ce temps de recrudescence des actes antijuifs partout en Europe, la moindre des choses serait de consulter Alain Soral "dans le texte", et de raisonner sur pièce. Voici donc un petit concentré de citations brutes de l’intéressé :


"Pour moi l'antisémitisme c'est quelqu'un qui dit: "pour des raisons raciales un juif est, quoi qu'il veuille ou quoi qu'il fasse, un type qui est voué à une certaine pratique, une certaine vision du monde". Pour moi ça, ça serait l'antisémitisme" (Interview ERTV, 2 juin 2015)


"Quand je dis "je suis National Socialiste", c'est de l'humour" (Interview ERTV, 2 juin 2015)


"Il est bien établi que les juifs sont les plus gros escrocs de la planète" (ERTV janvier 2014)


"Un intellectuel juif c’est déjà un oxymore" (Archives youtube)


"C’est le peuple du mensonge" (Archives youtube)


"Le bourgeois est un juif de synthèse jaloux des juifs" (Archives youtube)


"Le juif est toujours une victime, un être merveilleux, un virtuose… or moi j’ai connu toute ma vie des juifs qui étaient des escrocs, des salopards, des voleurs… j’en ai connu beaucoup, j’en ai connu une majorité" (Archives youtube)


« Mon monde à moi qui est le monde de la pudeur du nord, de la pudeur helléno-chrétienne, de la retenue, de l’émotion subtile, etc, a été dévasté par la vulgarité sépharade, il faut le dire hein, judéo-méditerranéenne » (Archives youtube)


"Les maîtres du racisme au sens étymologique du terme sont les juifs" (Archives youtube)


"La rafle du Vel d’Hiv se fait avec la collaboration des institutions juives représentatives de l’époque, qui est l’UGIF" (Archives youtube)

 

 

L'anti-judaïsme équivaut-il philosophiquement à l'antisémitisme? 

 


Alain Soral hait-il l'ethno-groupe sémite, auquel appartiennent les peuples arabes? Son antijudaïsme, très violent, s'appuie-t-il sur des explications raciales ou culturelles? Quid de son rapport à l'histoire? Alain Soral assure que durant l’occupation allemande, sa famille a été ruinée ; son oncle Jean a fait quatre ans de camps ; sa grand-mère a été otage ; son père a été réfractaire au STO, et membre de l’armée secrète. Enfin, il est issu, confie-t-il, d’une famille de résistants savoyards. En ce cas, pourquoi s'est-il volontairement laissé filmer avec, derrière son canapé lors d'un entretien, un petit écran retransmettant des images d'Hitler en noir et blanc? L'excuse de la "provocation" est-elle tolérable? Non. Jouer avec Hitler, revient à rire de l'Holocauste certes, mais pas seulement: c'est aussi faire peu de cas de tous ces résistants qui ont souffert dans leur chair du joug nazi. Alain Soral entend se baser sur des faits historiques pour légitimer ses positions. Il précise ainsi, entre autres exemples, que l’ancêtre direct du CRIF est l’UGIF, émanation de juifs collaborateurs qui "ont fourni la liste des gens qu’il fallait rafler" (Entretien septembre 2012). 

Il rappelle que les discours de Pétain sous Vichy étaient écrits par Emmanuel Berl, écrivain de confession juive. Sur un plan connexe, il affirme que le père de Michel Drucker était « un juif collabo de première qui envoyait les petits juifs non-français à la déportation notamment à Nice en leur regardant la quéquette » (Entretien septembre 2012).


"Aujourd'hui, prétendre qu'il serait antisémite de s'étonner dans une république, une démocratie - c'est à dire le pouvoir du peuple et du plus grand nombre - de s'étonner de cet incroyable pouvoir du CRIF, c'est à dire de cette minorité organisée, ça ne fait pas de moi un antisémite. Ou alors c'est qu'il faut changer la définition de l'antisémitisme" (Interview ERTV, 2 juin 2015)

 

Au-delà de ce dossier, les questions qui pourraient se poser à notre collectivité sont les suivantes: jusqu'où peut-on critiquer une communauté? Peut-on génériquement accuser l'Eglise de crimes? Peut-on génériquement accuser la synagogue de crimes? Le fait d'associer des traits culturels à une communauté est-il par essence "raciste"?  L'affaire Alain Soral nous invite à une réflexion collective ambitieuse et courageuse, avec en point de mire la vigilance et notre bien commun. Enfin, si toute collectivité gagne à autoriser les critiques non haineuses à son encontre, pour grandir, est-il légitime d'adopter n'importe quel ton ou n'importe quelle typologie de discours? La haine du juif est une horreur, et Alain Soral y cède souvent dans ses discours. Pour autant, tout groupe doit accepter la critique, à partir du moment où celle-ci est nourrie par un besoin d'intelligence serein - dénué de toute violence. Ici, la communauté juive est-elle irréprochable? Je ne crois pas. La question se pose d'ailleurs à nous tous. Misons sur notre intelligence réciproque, et daignons préférer l'honneur à la fierté.  

 

 


 

à lire aussi

La littérature coréenne - Gong Ji-Young

La littérature coréenne - Gong Ji-Young

Deux romans de Gong Ji-Young

Le forum d'Auguste - l'apologie du pouvoir impérial romain

Le forum d'Auguste - l'apologie du pouvoir impérial romain

L'architecture comme instrument du pouvoir dans la Rome antique

Introduction au rap et R&B coréens

Introduction au rap et R&B coréens

Au-delà de la k-pop. Introduction au rap et au R&B coréens.

Ernest Renan, christianisme et religion, plus loin que le mythe athée

Ernest Renan, christianisme et religion, plus loin que le mythe athée

Génération après génération, le public est complaisamment entretenu dans le mythe d'un Renan athée.

Les auteurs

 

Index des citations religieuses

 

Caricatures

 

Vous aimerez aussi

Où trouver le travail-passion? Le gradient du bonheur en entreprise

Où trouver le travail-passion? Le gradient du bonheur en entreprise

Le monde de l'entreprise et le bonheur. Chiffres, approches et citations

 

 

La bataille d'Andrinople (378) - le crépuscule de l'Empire romain ?

 

 

La guerre de Sept Ans (1756-1763), la véritable première guerre mondiale? Chiffres, témoignages, victimes

La guerre de Sept Ans (1756-1763), la véritable première guerre mondiale? Chiffres, témoignages, victimes

AU XVIIIe siècle, la Guerre de Sept Ans a ensanglanté l'Europe, mais aussi l'Amérique notamment. Explication des batailles et des événements

 

 

Entretien Charlotte Payen - introduction à l'art lumineux

Entretien Charlotte Payen - introduction à l'art lumineux

Artiste-dessinatrice parisienne, Charlotte Payen nous ouvre à sa conception dynamique du travail créatif