Religions, laïcité et liberté d'expression - la voie royale

Animé par le souci louable de calmer les esprits, le gouvernement français use de la laïcité comme d'un gourdin métallique. Je comprends bien qu’il est hautement souhaitable que tous les citoyens de ce pays puissent vivre en bonne intelligence, qu’ils respectent profondément les croyances et les coutumes d’autrui.


Le problème, c’est que par souci d’égalité on cherche à aplanir toutes les religions, et à mettre dans le même sac toutes les croyances, sans guère se soucier des sensibilités des uns et des autres. Au nom de la dérision, que de crimes sont commis ! J’apprends qu’une association de journalistes  lance une grande campagne et s’étonne que les représentants de l’Eglise catholique marquent des réticences ; à les entendre ces derniers seraient de mauvais Français. Voici les résultats de la pensée unique. Je lisais récemment un petit livre déroutant : «  Faut-il rire de tout ». Ainsi en substance, si je raconte une histoire belge c’est que je suis raciste, si je charrie des homosexuels, je ne peux qu’être homophobe ; quant aux histoires juives… mieux vaut se taire absolument.


Mais revenons au titre que je propose. Si tous les hommes sont égaux et toutes les religions respectable, j’ai toujours appris – en tant que chrétien – que le christianisme était supérieur aux autres religions dans l’ordre de la vérité. Je vois déjà des sourcils se froncer. Quelle horreur, quel affreux rétrograde ! Voilà encore un gars d’extrême droite. Ne jugez donc pas trop vite et acceptez la contradiction. Oui, la théologie existe encore, c’est une discipline autonome, et la sociologie n’a aucun droit de l’annexer, de la juger unilatéralement sans accepter d’être éventuellement évaluée en retour.


Théologiquement,  les distinctions qualitatives sont autorisées, c’est une liberté que le discours sociologique ne saurait interdire – avec quelle légitimité de surplomb par ailleurs ? Non, toutes les religions ne peuvent être mises sur le même plan, et ceci n’a rien de scandaleux si l’on ne fomente pas d’arrière-pensées. J’ai lu que l’un des journalistes assassinés au mois de janvier avait déclaré:


La religion est pour moi une idéologie comme une autre »

 

Je considère qu’il avait tort, et j’en ai tout à fait le droit. Ce qui devrait nous alerter, c’est bien plutôt les injonctions à la communion idéologique au nom du respect de la liberté d’expression et de ses martyrs : éclatante contradiction ! 
En France, les religions ont été parquées dans le domaine de la sociologie  et du néo-positivisme voici bien longtemps ; cependant, les croyants (toutes religions confondues) n’ont guère tenu compte de cette classification tributaire de luttes historiques conjoncturelles. Les chrétiens de toutes les confessions soutiennent que pour eux  la Bible est un livre révélé, et que même si les interprétations diffèrent, elle demeure le Livre par excellence.


Dans un souci  d’apaisement, l’Etat clame les principes qu’il a toujours prônés : le respect total des citoyens et la non-ingérence dans le domaine religieux. Les récents événements suivis de l’injonction à l’identification collective à un journal anticlérical le démontrent-ils vraiment ? 


Soyons à notre tour transgressif : à notre époque, ignorer le "fait religieux" et persister à l’assigner à "la vie privée" comme sous résidence surveillée avec bracelet électronique… est-ce bien sage, est-ce substantiellement équitable ? 


Un jour, un Africain interrogea mon sentiment à propos des religions ancestrales  pratiquées dans son enfance ; je lui répondis que ces religions tendaient vers la vérité mais que, selon moi la "voie royale" demeurait le christianisme. Et pour vous ?


Père Bernard Vignot, 6 février 2015

 


 

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