Les ravages des mass media

 

Nous voilà plongés en plein XXIème siècle. Pour le meilleur, et pour le pire. Avec les mass media, c’est surtout pour le pire. Ils nous inondent d’informations futiles. Interviews évidées. Reportages stériles. Chroniques creuses. Avec eux, de minuscules faits divers se transforment en tsunamis médiatiques. Un effet loupe aux conséquences dévastatrices. Téléspectateurs crédules. Auditeurs candides. Lecteurs naïfs. Télévision, journaux, internet, radio sont aujourd’hui sur le banc des accusés. Coupables d’avoir transformé le peuple en toxicomane de la news : après la cocaïne, l’infoïne.

 

Ingénu, le public est en permanence aveuglé par les médias sur les réalités du monde. Les champions de l’audimat l’orientent presque toujours dans la mauvaise direction, sur une piste glissante, pour ne pas dire casse-gueule. On l’inonde de publicité. Quel est donc leur rôle, à ces médias, leur mission principale ? Bien nous informer pour avoir les clés en main afin de comprendre le monde complexe dans lequel nous évoluons ? Ou faire une sorte de bourrage informatif  type gavage d’oie en faisant la course effrénée au scoop ?

 

Les mass media : un outil de communication hors normes

 

Apparue au XVème siècle, la presse écrite est le plus ancien des mass media. Gutenberg, inventeur de la machine à imprimer est sans doute l’un des acteurs majeurs de cette nouvelle révolution ayant entraîné la diffusion massive du savoir. Les autres titans du secteur ont quant à eux vu le jour progressivement depuis le siècle dernier. A ses balbutiements, la cause de la presse est noble : propager, transmettre, voire universaliser la connaissance. Pourtant, de nos jours, combinés aux autres mastodontes de la communication comme la télévision et la radio, le cocktail est fatal.

 

Alors que son pouvoir de diffusion s’est démultiplié pour atteindre des sommets, sa raison d’être s’est transformée. Elle a muté. En moins d’une minute, une information peut être propagée presque aux quatre coins de la planète, sur les ondes, les smartphones et les écrans de tous acabit. Malheureusement, le torrent quotidien d’infos qui nous submerge et dont pouvaient rêver les utopistes naïfs du siècle dernier… n’est généralement plus très instructif. Il déverse des news-poubelles et de la publicité à tort et à travers, à longueur de journées. Omniprésent dans notre espace personnel, il y règne dorénavant en maître : nous nous pensons "informés", nous sommes en réalité "conformés".

 

Sournois, ce torrent s’immisce par la ruse d’un renard, puis s’impose avec la force d’un ours. Le choc est brutal. On subit. Puis on s’y habitue. On y prend goût. Enfin on devient addict ! Toute la magie de l’infotainment, consistant à sucrer, délayer, pour mieux faire ingurgiter (on pense au sort tragi-comique de la journaliste talentueuse Audrey Pulvar). 

 

On gobe souvent les informations sans pouvoir prendre de recul. Un événement présenté dans les médias devient rapidement une vérité absolue. Mais le pire, c’est qu’il éclipse alors toutes les autres informations, qui bien souvent sont autrement plus importantes… Paisibles et ronronnants, nous vivons en direct la désaxialisation du statut de l’information.

 

 

Le monde véhiculé par les mass media : une vision bien étriquée


 

Les mass media sont enlisés dans l’immédiateté. A la recherche d’un scoop, ou plutôt DU scoop. Les évolutions récentes de la technologie ont accentué le phénomène. Cette course permanente à l’info et à sa retransmission immédiate a un prix : une information erronée, bancale, inexacte, vouée au recyclage instantané, au remodelage permanent.

 

De fait, en cherchant par tous les moyens l’instantané et le buzz, les médias trompent régulièrement le public. Ainsi lors de l’affaire Mohamed Merah et du feuilleton Clément Meric. Deux épisodes de l’actualité française qui illustrent bien ce fonctionnement fumeux : dans le premier cas, on a originellement présenté le tueur comme un nervi d’extrême droite, avant de se rétracter sans aveu.

 

Dans le second cas, on a affirmé que l’étudiant d’extrême gauche avait été victime d’une "agression". L’émoi avait été unanime, et les politiques de tous bords s’étaient précipités dans les rues pour célébrer le martyr ; quelques jours plus tard, les caméras de surveillance anéantissent le scénario médiatique et révèlent au contraire que c’est le groupe des "victimes" qui aurait cherché et provoqué la bagarre tragique. Ici encore, aucun mea culpa médiatique. 


Aucun jugement n’est ici donné sur le fond de ces affaires, mais bien plutôt sur la forme ; avant d’exciter l’opinion avec des infos brûlantes, les mass media devraient au moins les vérifier de manière draconienne !

 

Autre scandale, et de taille : la hiérarchisation médiatique de l’information. A l’heure où un simple tweet peut focaliser plusieurs jours l’attention de millions de "spectateurs", on peut dénombrer, dans le silence et l’indifférence, près de 1000 viols par jour en Afrique du sud, des milliers de suicides paysans chaque année en Inde (dettes, mauvaises récoltes…), les famines inaudibles, les maladies meurtrières qui ravagent chaque jour de vastes zones géographiques…

 

Aussi, comment ne pas évoquer les putschs médiatiques comme celui du conflit israélo-palestinien, focalisant quotidiennement l’attention des agences de presse internationales ? A titre de comparaison brute, les tueries au Darfour sont largement plus massives, et doivent se contenter de maigres entrefilets ici ou là.

 

C’est bien entendu la dimension symbolique et passionnelle qui explique cette dissymétrie caractérisée : le Proche-Orient colonise les imaginaires, tandis que l’Afrique provinciale indiffère relativement.

 

Aujourd’hui, on se moque de la propagande allemande des années 1930 et de celle de l’époque soviétique. Néanmoins qu’en est-il vraiment actuellement dans les démocraties dites du "monde libre" ? Sommes-nous influencés ou totalement libres de penser ?

 

Quoi qu’il en soit, on peut se féliciter de ne pas vivre sous le joug du chef d’Etat bolivien Evo Morales. Depuis sa prise de fonction en 2006, dans la quasi-totalité des zones rurales du pays, une seule chaîne de télévision est autorisée… Le canal 7, chaîne d’Etat, conquise et dédiée à la gloire du président.

 

D’autre part, la sur-médiatisation à outrance évolue de pair avec le degré de qualité des programmes télévisuels…

 

 

Programmes TV : une médiocrité institutionnalisée

 


Certes, il existe des émissions et des documentaires de grande qualité. Mais ayons l’honnêteté de reconnaître qu’ils ne pèsent pas lourd dans la balance. "Apostrophes" n’est plus, et le magma star-jeuniste triomphe. Soyons clairs : on est quand même plus abruti par les télés réalité envahissantes du type Secret story que par des programmes de qualité comme Metropolis (le magazine culturel hebdomadaire d’Arte).

 

Evidemment, il ne s’agit pas d’imposer en permanence des sujets culturels ou hautement intellectuels ; les divertissements sont un bon moyen pour décompresser d’une journée de travail, ou tout simplement pour passer un bon moment de détente. Le vrai problème, c’est leur pléthore : ces dix dernières années, ils ont pullulé. Ne nous laissons pas imposer, ni même happer par la dictature de la nullité.

 

Boycottons ces programmes, et leur mariage incestueux avec l’info quotidienne. Plus nous les regarderons, plus ils seront diffusés. A qui la faute ? A nous les téléspectateurs. Nous qui sommes perçus comme des proies, pardon, comme des consommateurs potentiels par les prédateurs du marché.
Anesthésiés et aveuglés, nous devons aussi encaisser le deuxième effet kiss cool… La gangrène et le moteur des mass media : la publicité…


La publicité : bras armé de la société de consommation

 

La pub, c’est l’oxygène des mass media. Impossible de l’éviter. Elle est partout. TV, radio, à chaque instant elle nous assaille de ses spots diffusés en boucle. Elle s’invite même dans les salles de cinéma.

 

Une séance à 19h50 ? En fait non, le début est pour 20h10 : auparavant, il vous faudra digérer vingt minutes de pub apéritive. Dans la rue, le métro, encore elle. Sur internet, même pour le visionnage d’une simple vidéo sur youtube, il vous faudra encore subir le martellement des réclames. Entrent en scène les professionnels du marketing. Des grossistes de "hauts vols". Ou plutôt une bande de charognards sans scrupules. Prêts à nous faire acheter n’importe quoi, trop souvent inutilement.

 

Ainsi ces océans de boissons sucrées, ou ces parfums formatés pour ne "citer que". Leur méthode pour nous vendre du Schweppes : nous faire saliver sur la plantureuse Uma Thurman. La stratégie pour nous faire payer quelques 80 euros les 50ml d’eau de parfum de Chanel Numéro 5 : Brad Pitt en noir et blanc, gueule hébétée devant un pauvre flacon. Plutôt hilarant, notamment lorsque l’on se remémore son rôle dans Fight Club (un anticonformiste dénommé Tyler Durden, pourfendeur ironique de la société de consommation).

 

Aussi envahissante qu’abrutissante, la pub nous prend à la gorge. On frôle presque l’overdose. Elle est indissociable des mass media, car c’est elle qui la finance en grande partie, parfois en totalité. En début de soirée, un spot publicitaire de 20 secondes sur une chaîne de télévision se négocie de 2000 à 20 000 euros ! Un jackpot qui aiguise les appétits, et atrophie les grands principes.

 

Des sommes colossales, mais qui entraînent parfois pour le publicitaire un retour sur investissement exponentiel… Car les retombées commerciales les jours suivant la diffusion du spot peuvent être immenses. Voici donc le serpent qui se mord la queue.

 

Nous sommes ici confrontés à l’un des plus mauvais visages du capitalisme : une logique financière implacable qui pousse toujours à plus de consommation… jusque dans l’information, graduellement dissoute dans la pub et la communication. Brûlante, la question se pose d’elle-même : quel genre d’individus façonne donc les mass media dans notre société ?

 


Jérémie Dardy.

 


 

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