Lettre à un pays imaginaire


Mes chers amis,


Je m'adresse à vous aujourd'hui pour vous faire part de mon départ.
Cela fait quelques mois que je suis parmi vous, et déjà je ressens de l'affliction à votre égard, habitants de la Bêtise.


Sain je suis venu, malade je repars de votre contrée et votre vie. Vous ne pourrez m'empêcher d'aller jusqu'au bout de ma pensée. Car j'irai jusqu'au bout !
J'ajoute que je ne sais comment vous faîtes pour rester dans ces villes où l'ombre de l'arbre ne paraît point. Où l'olivier en fleur est aussi rare que les gens biens ; où l'herbe verte ne se trouve que dans des histoires inventées ?


Comment faites-vous pour vivre en étant abandonné par la nature ? Pour ma part, c'en est trop, je n'en puis plus.
Alors, peut être vous moquerez-vous de ces futilités dignes de caprices enfantins. Mais laissez moi vous dire que tout ceci n'est pas sain.
Qui plus est, vous vous comportez de façon vile. Vos malices en tout genres sont agaçantes. Vous cherchez toujours à vous venger de vos semblables, et ce au nom de quoi ?
Au nom d'un propos désobligeant, d'un quolibet, d'une boutade, d'une maladresse...et cela n'en finit point.

 

Perpétuellement des discordes éclatent ça et là. Ne pouvez-vous pas vivre en paix ?
Cela me révolte, vous vous battez contre vos voisins alors que c'est le régime dans lequel vous êtes contre lequel il faut se battre.
Je suis venu en Bêtise plein d'espoir, de rêves et d'ambitions, pensant que je trouverais une place dans une maison d'édition.
Une fois arrivé, quelle ne fut pas ma surprise de constater que nul emploi ne se donnait, et qu'il fallait en payer le prix fort.


Ces conditions déplorables me font quitter votre patrie qui semble belle extérieurement, mais si laide lorsque l'on en enlève le vernis.
Quant à votre régime ponctué des injustices les plus évidentes, il semble que nul ne soit outrée ou simplement sensible à ces actes abominables.
Révoltez-vous ! On ne peut décemment se laisser enfermer parce que l'on n'est pas conforme à la société.


Soulevez-vous et décidez de ne plus être les esclaves d'un régime tyrannique qui dicte et impose ses codes et lois arbitraires.

Adieu donc, chers habitants de Bêtise, et souvenez-vous qu'il n'y a rien de plus puissant qu'un peuple en colère, sinon la paix au sein des membres de ce dernier, se soulevant pour faire tomber l'arbitraire établi.


Eve Chellal


(Image : Kandinsky)

 


 

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