Tikal, un trésor guatémaltèque bien gardé

  

Située aux confins du Guatemala, Tikal est une métropole maya ruisselante de mystère. Elle est longtemps restée inaccessible. Campée en plein cœur des jungles d’Amérique centrale, l’ancienne cité-Etat s’est tapie sous un long manteau de siècles. Aujourd’hui, elle ouvre enfin ses portes et resplendit de sa gloire passée. Eblouissante et plantureuse, elle n’a pas encore livré tous ses secrets. Mais quels sont donc les mystères que renferment ces ruines inscrites au patrimoine mondial de l’Humanité ? Aussi, quelles révélations nous susurre-t-elle sur la société maya ?

 

Après un passage éclair dans la capitale guatémaltèque, réputée l’une des villes les plus violentes au monde, je m’envole plus sereinement pour le nord du pays. C’est là-bas que je trouverai mon eldorado. Dans l’avion, je n’ai qu’une seule image en tête. Celle de la base rebelle de Yavin dans Star Wars. Pourquoi ? Tout simplement parce que les ruines de Tikal ont servi de décor pour le tournage de cet épisode de la saga mythique. George Lucas a dû trouver le terrain idéal pour ses résistants.

 

DE L’ANONYMAT A LA GLOIRE:

 

Il y a deux siècles encore, le monde ne sait presque rien de Tikal. Dans cet univers hostile, à la disparition de ses habitants, la jungle reprend rapidement ses droits. Les racines font exploser beaucoup de bâtiments, réduisant ainsi de somptueux palais en simples amas de pierres. Ce sont des explorateurs, type Indiana Jones, qui ont permis la redécouverte de plusieurs de ces anciennes cités mayas, dont Tikal, principalement au cours du XIXème siècle.

 

Au beau milieu d’une végétation oppressante et luxuriante se dresse un site extraordinaire et stupéfiant. A l’image de l’ancien Empire maya : prodigieux et envoutant. Ces décombres nous donnent l’opportunité de faire une immersion totale et surnaturelle dans les entrailles d’une civilisation multi millénaire.


Tikal est aujourd’hui l'un des plus grands sites archéologiques de la région. Certes, moins touristique et fringuant que son homologue mexicain, Chichen Itza, mais il n’en reste pas moins l’un des poids lourds de sa catégorie.

 

TIKAL, LE JOYAU DE L’EMPIRE :

 

 
Cette cité-Etat comptait, selon les estimations les plus vraisemblables, jusqu’à près de 100 000 habitants à son apogée. Au cœur de Tikal, autour de la Grande Place d’imposants bâtiments règnent toujours en maîtres. Notamment six gigantesques pyramides. Un numéro d'ordre leur a d’ailleurs été attribué lors des premières fouilles du site. Nos contemporains les énumèrent barbarement "Temples I à VI". Les plus hautes d’entre elles dépassent les 60 mètres de hauteur. Toutes sont des pyramides à degrés (constructions à faces en forme d'escalier géant). C’est de fait le type de volume le plus emblématique de l'architecture maya… sensé permettre un rapprochement avec les dieux.

 

Curieusement, la conception de certains édifices mayas a un point commun avec les théâtres antiques grecs : l’acoustique. Effectivement, la voix d’un acteur situé sur scène dans un amphithéâtre hellénique et celle d’un orateur maya du haut d’un édifice, peuvent être, chacune, entendues à grande distance sans besoin de crier. L'agencement des rangées de sièges et les résonateurs de pierre aux sommets des pyramides permettent ce miracle acoustique.

 

Les temples du site sont exceptionnels. Découvrons les plus singuliers d’entre eux.

 

Le Temple I est le monument emblématique de Tikal. C’est le Temple du grand Jaguar. Pour les mayas, ce félin est un peu l’équivalent du coq en France. Une sorte d’emblème national, doublé d’une divinité. Construit au 8eme siècle de notre ère, il s’agit en vérité  d’une pyramide (funéraire). Lors de fouilles archéologiques on y découvre plusieurs objets de jade, comme un magnifique vase en mosaïque ; le jade, selon les croyances mayas, symbolise la vie.

 

Le Temple II est le Temple des masques. On y trouve le portrait sculpté de la reine Lachan Unen Mo’, perché au sommet du sanctuaire.

 

Le Temple III, ou Temple du Prêtre du Jaguar, a probablement été construit au IXème siècle. C’est l’un des bâtiments les plus imposants. Le temple-pyramide est immense, mais ne rivalise pas pour autant avec l’impressionnant Temple IV, haut de 65 mètres. Ce dernier est, dit-on, la plus haute structure précolombienne des Amériques. Elle offre un point de vue panoramique époustouflant sur le reste du site. On peut alors admirer une terrifiante jungle à perte de vue ; et cela donne par ailleurs la possibilité d’observer, par-ci par-là, les sommets d’autres pyramides surgissant de nulle part, donnant l’impression de chercher à transpercer le ciel. De temps à autres, quelques singes hurleurs viennent briser le silence quasi mystique qui y règne. C’est un spectacle à couper le souffle. On est subjugué.

 

N’oublions pas de mentionner un palais dont le nom peut faire resurgir en nous des peurs enfouies. Il s’agit du Palais des chauves-souris. Son nom peut effrayer de prime abord, mais en réalité, son unique particularité est la présence de graffitis anciens… et non du cousin américain du Comte Dracula.

 

LES MAYAS, ENTRE FANTASME ET REALITE :

 

La zone d’influence de ces tribus s’étend du Mexique jusqu’à la côte pacifique, près de l’actuel Salvador. Les avancées scientifiques de cette civilisation sont encore indiscutablement reconnues aujourd’hui. Pourtant, certains anciens rites locaux montrent explicitement un caractère très brutal…

 

Tout d’abord revenons rapidement sur leur récente sur-médiatisation l’an dernier. C’était le 21 décembre 2012. Ça vous rappelle quelque chose ? De soi-disant prédictions mayas annonçant la fin du monde… Tout était bidon, bien évidemment. Nous sommes encore vivants un an plus tard pour en témoigner. Les fameux codex mayas auraient laissé croire à un tel cataclysme. Cependant, beaucoup d’entre eux ont disparu. Ils furent brûlés dans leur majorité par les Espagnols lors d’importants autodafés au XVIème siècle. A partir de là, les déductions faites par certains ne peuvent être que tronquées, car trop partielles. Néanmoins, parfait pour affoler des millions de personnes crédules à travers le monde… et tout cela allègrement relayé par nos chers medias.


Ne nous moquons pas de cette grande civilisation pour ses talents douteux de voyance. En effet, quand l’Europe subit les grandes invasions, les Mayas calculent déjà la trajectoire des étoiles et des planètes !

 

A cette époque, ils vivent au sein de cités-États. Des sortes de principautés indépendantes, mais néanmoins liées entre elles culturellement. Périodiquement, elles se font la guerre, et affichent ainsi leurs puissances. Cette organisation politique en cités rivales peut d’ailleurs faire penser au fonctionnement des cités grecques de l’époque classique. Ces divisions n’ont fait que précipiter leur perte lors de la conquête espagnole. Hernan Cortes a dû s’en réjouir.

 

La société maya est complexe. A sa tête siège un roi. Ensuite, on trouve des nobles, comme les « batabs » (des chefs locaux), des religieux, comme les prêtres (les « ah kin »), des militaires, et des paysans (la majorité). Parmi eux, certains sont des serviteurs, voire même des esclaves. Pourtant, des historiens vont faire une découverte des plus surprenantes. Elle concerne l’interaction improbable entre les classes sociales. Karl Marx en aurait sûrement consacré un chapitre entier dans son Capital ! La classe dirigeante et le peuple, bien que formant des catégories distinctes, ne sont pas hermétiquement séparés. L’explication est que des liens de parenté unissent ces deux catégories. Cependant il nous faut relativiser quelque peu : le statut social reste marqué et prépondérant.

 

UNE CIVILISATION AUX COUTUMES PARFOIS SANGUINAIRES :

Par ailleurs, les esclaves constituent une classe à part. A ce sujet, un autre trait, assez déroutant : le fait que les délinquants de droit commun sont condamnés à l'esclavage. De quoi faire encore monter au créneau notre ancien ministre de la justice Robert Badinter (lui qui participa activement à l’abolition de la peine de mort). Pourtant, cela demeure presque anecdotique au vu du sort réservé aux prisonniers : ceux-ci font souvent office de victimes sacrificielles.

 

Les sacrifices humains… Voilà le côté véritablement sombre de la civilisation maya. Selon les récits, on jette des personnes vivantes dans des puits (voire même des petits lacs, un brin plus bucolique). Les principales victimes sont de jeunes adolescents… mais c’est apparemment pour la bonne cause : ils servent d’offrandes aux dieux, en particulier au dieu de la pluie,  Chak. Espérons que ce dernier se montrait au moins généreux en retour.


Au demeurant, la civilisation maya ne peut se résumer à ces pratiques inhumaines. Elle doit aussi rester dans les mémoires pour avoir excellé dans plusieurs disciplines scientifiques. Notamment sur le plan des mathématiques et de l'astronomie, dont les avancées ont été remarquables.

 

Jérémie Dardy
 

 


 

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