La pensée de Joachim Son-Forget, député En Marche des Français de Suisse

 

La France souffre d’anosognosie. Joachim Son-Forget refuse la rhétorique banale des politiciens. Le regard qu’il porte sur son pays est sévère, sans gras inutile, et nous invite à une réflexion difficile.


« Mon premier diagnostic est que la France n’est de loin pas en état de mort clinique et qu’elle a tous les atouts pour être en bonne santé. Mais elle souffre d’anosognosie. Elle ne se rend pas compte de ses troubles » (Joachim Son-Forget, Swissinfo.ch)


Si la France ne se rend pas compte de ses troubles, peut-on soutenir que la France n’est pas lucide, qu’elle ne se connaît pas, ou plus ? Cette situation est-elle en rapport avec son refus récent de s’interroger sur son identité (cf l’hystérie générale autour de la question de l’identité nationale) ? L’anosognosie est-elle liée à la sénilité ? A la folie ? La France, historiquement réputée en avance sur les peuples, a-t-elle perdu une part d’éclat de ses Lumières ? 

 


Joachim Son-Forget, député méta-romanesque

 


Abandonné sur un trottoir de Séoul à 3 mois, initialement refusé à l’adoption car « trop hirsute » puis adopté par un couple de Français, Joachim Son-Forget a bâti sa personnalité sur le pivot d’une intériorité très forte, une solitude dont il a su faire quelque chose. A 34 ans, radiologue spécialiste du cerveau installé en Suisse depuis 2008, il est aussi un claveciniste virtuose et reconnu. Sa curiosité humaniste, très prononcée, l’a mené à œuvrer jusqu’aux Balkans, où il s’est investi auprès des populations locales. Notre homme parle l’albanais, le serbo-croate, apprend l’hébreu à ses heures perdues. Il reconnaît enchaîner les semaines de deux fois 35 heures avec plaisir, car sa passion pour le bien commun est dévorante. Bref, face à ce genre de type, on se découvre vite la grâce d'un ours ignoble. 


Usant d’un contresens spectaculaire, la presse est allée jusqu’à le qualifier de « touche-à-tout talentueux » : or Joachim Son-Forget est justement l’inverse du dilettante, de l’amateur qui papillonne ici et là sans ne rien approfondir. Ses multiples talents n’ont rien d’un aimable iconoclasme, ils nourrissent au contraire la personnalité d’un homme selon le rêve des maîtres de la Renaissance : un individu qui deviendrait une Personne, explorant pleinement les ressources en puissance de son humanité.
On évoque souvent le transhumanisme et le fantasme de l’homme augmenté ; on oublie simplement qu’il est possible d’approfondir naturellement l’humain sans la moindre prothèse techno-chimique, en s’astreignant à une éducation humaniste, saine, régulière, équilibrée.

 

Joachim Son-Forget est de ces âmes singulières qui ont su synthétiser en elles l’idéal de la Renaissance et des Lumières. Le modèle de développement que sa personnalité reflète coûte moins que ce que les flambeurs de cité dépensent en baskets et blousons de marque. Il faut avant tout développer une intériorité solide, observer avec intérêt, questionner sans cesse le monde, cultiver sa curiosité, éduquer son regard avec une exigence terrible.

 

 

Des idées précises pour redresser la France

 

 

On se souvient du terrible avertissement de Victor Hugo :


« L’oisiveté d’un pauvre, c’est le crime » (Les Misérables)


Pour améliorer le quotidien des Français, Joachim Son-Forget propose comme Emmanuel Macron de restaurer la valeur travail dans notre conscience collective. L’effort est bon, il vous gratifie. Réussir, c’est cravacher. Face au chômage, mieux vaut une activité mal payée que le chômage sans formation. L’important est de toujours avancer quelque part, ne jamais stagner, dégouliner dans le fatalisme et la rancœur sociale... Car des excuses, on en trouvera toujours pour expliquer notre prostration. Ces excuses constituent les barreaux sucrés d’une prison narcissique, d’où personne ne viendra vous tirer.


Notre inconscient collectif doit réformer son rapport à l’idée de progrès.  


« Je ne défends pas à titre personnel l’idée du progressisme contre le conservatisme. Progresser, c’est aussi regarder les leçons du passé pour mieux anticiper le futur » (Joachim Son-Forget, Swissinfo.ch)


Nous sommes des êtres de réflexions, aptes aux idées complexes ; sortons des habitudes de pensée de notre République, de nos vieux partis rongés de l’intérieur par la maladie des slogans.


La réussite est multiple, et la France a du mal à le comprendre : elle promeut un imaginaire monofocal sur la réussite sociale, lequel génère de multiples frustrations dans la population. Peut-être peut-on ici prolonger l’intuition de Joachim Son-Forget, sans trahir sa pensée : les Français sont structurellement incités à ne pas inventer leur carrière, mais plutôt à s’insérer dans une multiplicité de files d’attentes pré-tracées. La nervosité accumulée rejaillit sur le climat ambiant quotidien, et chacun connaît cet étrange sentiment : avoir une multitude de micro-motifs de se plaindre dans un cadre générique privilégié. Dès lors, la frustration explose comme nulle part ailleurs: on éprouve l’amertume de ne pas pouvoir profiter de notre chance. L’eccéité profonde du caractère français réside peut-être dans ce constat.


Joachim Son-Forget propose de faire entrer le pays dans une ère de mobilité audacieuse, prix à payer lorsqu’on y songe, d’une véritable Révolution.


« La France vit sur une société de statuts. Peut-être cela correspondait à la réalité d’un autre temps, mais aujourd’hui nous avons besoin de mobilité »


En effet, le pendant de l’ancienne société d’ordres était la stabilité sociale rassurante à bien des égards pour le gros du peuple. La Révolution a constitué un chamboulement audacieux à travers lequel les hommes ont commencé à être maîtres de leur destin professionnel : ceci implique une liberté nouvelle, mais surtout une responsabilité inédite pour se constituer un destin.

 

Actuellement, toutes proportions gardées, nous vivons un état psychologique comparable à celui de l’Ancien Régime finissant : un univers professionnel, d’où les rentes et les corporations professionnelles commencent à être remis en cause. Comme la mousse qui recouvre les surfaces non entretenues depuis longtemps, les vieux immobilismes de l’Ancien Régime se sont retrouvés au cœur de notre système. La révolution dont est porteur le mouvement d’Emmanuel Macron entend décrasser tout cela.


On se souvient des excès dont fut porteuse la Révolution de 1789. Celle d’Emmanuel Macron et du mouvement En Marche ne manquera pas d’en produire. Charge à la société d’en limiter les effets malheureux. Joachim Son-Forget, lui, met en avant l’impératif d’une nouvelle façon de faire de la politique :


« On est là pour servir, on n’est pas là pour se servir » (Joachim on-Forget, Entretien, RTS.CH)

 

Dans une autre vie, il a approché le parti socialiste, et même soutenu la politique du gouvernement Ayrault… Plus tard, il s’est déclaré profondément déçu par l’expérience qu’il y a vécu : le fond du problème, c’est le dogmatisme qui empêche l’adoption d’une idée du fait de sa couleur politique d’origine. Cet aspect terrible de la réalité politique française doit être dépassé, impérativement.

 

 

Réformer la France sur le modèle de la Suisse ?

 

 

Joachim Son-Forget s’engage à être l’ambassadeur des idées suisses qui gagneraient à être testées en France. Ici, le citoyen serait en droit de prendre au mot le député, et de l’inviter à lister ces idées à moyen terme. Quelles sont donc ces idées dont nous pourrions profiter ? Anticipons le travail de notre député, et ouvrons quelques pistes :


-Une certaine bienveillance sereine dans les rapports humains, que nous autres Français ne parvenons pas à produire. Y parvenir nécessiterait une introspection collective, un souci plus fréquent de freiner notre rythme dialectique. Albert Camus le remarquait déjà en 1951 :


«C’est en retardant ses conclusions, même lorsqu’elles lui paraissent évidentes, qu’un penseur progresse» (Carnets, 1951)


-Un regard moins schizophrène vis-à-vis de l’argent, articulant solidarité collective et affinement de la critique sociale vis-à-vis des forces de l’argent. A ce titre, la phobie de « la finance » est symptomatique : en tant que telle, la finance n’est que l’ensemble des modalités par lesquelles on alimente en argent des projets. Elle est structurellement nécessaire, et même vitale.


-L’intensification de la citoyenneté, au travers d’une démocratie participative plus tangible ; le principe de subsidiarité doit intégrer davantage la vie locale.


La carrière politique de Joachim Son-Forget débute sous les meilleurs auspices. Son œuvre d’élu sera-t-elle à la hauteur de son œuvre existentielle quotidienne ? Ce sera difficile, mais nous sommes en droit d’exiger davantage envers ceux qui peuvent davantage. Monsieur, vous êtes mis au défi !



Pierre-André Bizien
 

 


 

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